‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 80 sur 359 · LE COMMERCE DE MARSEILLE · texte numérisé non relu

LE COMMERCE DE MARSEILLE

redevenue de nos jours, une ville industrielle; mais, les expéditions maritimes s'arrêtant, tout souffrait à la fois. Dès le treizième siècle, elle fabriquait des armes d'après les procédés de l'Orient, et, comme à Venise, une rue entière, celle des Fabres, était le siège de cette industrie. On y faisait aussi des draps, des bonnets, et ses savonneries étaient renommées. Les marchandises qui donnaient lieu aux transactions les plus nombreuses étaient, indépendamment des armes, des draps et des savons, les soieries, les pelleteries, les épices et la cire dont l'usage, considérable alors, attestait l'abandon où était tombée la culture de l'olivier. Loin de partager les funestes préjugés des Français contre le commerce, les sujets les plus nobles des comtes de Provence, ne dédaignaient pas de se mêler de trafic. Les chefs de plusieurs grandes familles locales, les Montolieu, les Candole prenaient la qualité de noble et marchand, nobilis et mercator. Vers 1460, l'un des principaux facteurs de Jacques Cœur, Jean de Village, son neveu, qui avait, on le verra plus loin, fondé à Marseille un grand établissement commercial où il s'était enrichi, était, en même temps que négociant,seigneur de Lançon en Provence, viguier de Marseille, capitaine général de la mer,

evo, p. 634) que le taux de l'argent était, à Vérone, en 1228, de douze et demi pour cent, à Modène, en 1270, et à Florence, en 1430, de vingt pour cent. Enfin en Normandie, dans les treizième et quatorzième siècles, les petits placements se faisaient au taux moyen de dix pour cent. Au commencement du treizième siècle, le seigneur de Saint- Marcouf prélevait, tous les ans, à la Saint-Michel, sur les produits du manoir, une certaine somme qu'il partageait entre plusieurs de ses tenanciers, lesquels devaient la lui rendre, grossie d'un tiers, au bout de Tannée. Celait une banciue agricole à plus de trente-trois pour cent. L'évêque de Coutances la lit fermer en 1221, sous peine d'excommunication. [Éludes sur la condition de la classe agricole en Normandie au moyen âge, par M. Léopold Delisle, p. 212.)

Ef DE MONTPELLIER. Jl

conseiller et maître d'hôtel du roi Bené, et chambellan du duc de Calabre^.

A quelque distance de Marseille et sur la route de Barcelone, dont la prospérité égalait, si elle ne la surpassait, celle de Gênes, sa rivale implacable, s'élevait , non loin du littoral, une ville où se concentrait alors presque tout le commerce extérieur de la France. Bâtie à près de deux lieues dans les terres, Montpellier, dont le nom est destiné à offrir un éternel sujet de controverse aux étymologistes ', était reliée à la mer par un étang et par la petite rivière du Lez, à l'embouchure de laquelle se trouvait le port de Lattes. Un Juif espagnol. Benjamin de Tudèle, qui la visita au douzième siècle, l'a décrite comme il suit : « Le port de Lattes est beau et bien commode et le port « Sarrasin contribue à sa gloire. Les chrétiens et les maho- « métans y abordent des Algarves, de la Lombardie, du « royaume de la grande Rome, d'Egypte, de la terre d'Is- (( raël, de la Grèce, de la Gaule, de l'Espagne, de l' Anglece terre : mesme les Indes et l'Ethiopie qui commercent « d'antiquité avec Lisbonne et Marseille y paraissent quel- « quefois, et fort souvent des marchands de la Grande-Ar- « ménie et de la Perse la plus reculée '. »

L'organisation municipale et commerciale de Montpellier favorisait du reste, autant que sa position géographique,

1 Juliany, Essai sur le commerce de Marseille, t. 1, p. 32 et suiv. Excellent ouvrage, abondant en documents historiques et statistiques d'un véritable intérêt.

* Voici les trois versions sur lesquelles s'est établi le débat : Mons puellarttm, mons pessulattuà, mons pelleriiis; jusqu'à présent la question est restée fort obscure, et il n'est pas probable qu'on arrive jamais à une solution satisfaisante.

3 Pierre Gariel , Idée de la ville de Montpellier recherchée et présentée aux honnêtes gens; Montpellier, 1665, in-4, p. 4.

Page 1