‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 8 sur 359 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

cun an tout seul plus que ne faisoient ensemble tous les autres raarchans du royaume. Il avoit bien trois cents facteurs soubs luy, qui s'estendoient en plusieurs et divers lieux, tant sur mer, comme par terre. Et luy estant en ce règne (cette prospérité quand le Roy Charles commença sa conqueste de Normandie, qui fut en l'an 1449, iceluy Jacques Cuer fut principalement cause de ladite conqueste, car il enhardit le Roy Charles de mettre sus son armée, en lui offrant de luy prêter de grandes sommes de deniers, ce qu'il fit, dont il eust fort la louange et l'amour d'iceluy Roy son maistre.

« Au reste, il fit un de ses enfans archevesque de Bourges, un autre escuyer tranchant du Roy, l'autre eschanson d'iceluy seigneur *; il les fit anoblir, et finalement en son dit règne, il acquit tant de biens et de chevance que nul ne lesauroit estimer. Mais dame Fortune, assez peu après, lui tourna le dos, car il fut fort envié de plusieurs grands seigneurs autour du Roy et semblablement de plusieurs autres gens, entre lesquels il y avoit des marchands du Royaume, qui souvent disoient « que ledit Jacques Cuer, soubs le port et la faveur que le Roy luy donnoit tant es pays estrangers hors de son royaume, comme en iceluy, ils ne pouvoient rien gagner pour iceluy Jacquet.

« Ainsi, envie le commença à assaillir, et fust dit au Roy qu'il estoit impossible qu'un homme venu de petit lieu, comme il estoit, pust avoir assemblé tant de chevance, pour mener les marchandises qu'il faisoit, et faire les ouvrages et les achats de terres et seigneuries, comme aussi avoir les grands estats qu'il tenoit; car, en iceluy temps, en tout son hostel on ne servoit, en quelque lieu que ce fust, que tout en vaisselle d'argent, à quoy ses envieux et malveillans adjoustoient qu'il falloit que ces choses se prissent sur les deniers du Roy, et luy disoit-on qu'il avoit assez d'autres causes et matières pour raisonnablement l'emprisonner. La première qu'il convenoit qu'il eust desrobé le Roy. La seconde qu'il estoit vrai qu'un chrestien, qui aupara-

• Il y a ici une inexactitude. Un des enfants de Jacques Cœur devint, à la vérité, échanson du roi, mais ce fut sous Louis XI, et Jacques Cœur était mort depuis longtemps. On ne voit pas non plus qu'un autre des enfants de Jacques Cœur ait été écuyer tranchant du roi, ni sous Charles VII, ni sous Louis XI.

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