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naux et manuscrits de la Faculté de Médecine de Paris, que Ch‘reau (4) et Wickersheimer ont dépouillés avec soin, n'en fon: point mention, même parmi les docieurs qui abandonnèrent la iégence :t les leçons pour suivre d’autres voies de fortune. On chercherait en vain son nom dans l’histoire de l'Ecole de Montpellier, par. Asiruc. On en est réduit aux conjectures ; Chéreau pense que c2 personnage qui devait jouer un si grand rôie à la Cour de Louis XI, s'était assis sur les bancs de l’Université de Dôle, Université fondée par Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne, et qui possédait au siècle d: Coitier une réputation méritée par plusieurs savants qu’elle avait produits (13).
Le nom du premier client attitré de Coitier, Philippe de Bresse, cinquième fils de Louis IT, duc de Savoie, laisserait supposer, dit M. Léon Gautier (11) qu'il fréquenta une université italienn:, peut-êtie Turin. Cette supposition expliquerait en même iemps, dans une certain: mesuie, comment le jeune médecin comtois entra au service du roi de France. Philippe d: Bresse était, en effet, le frère de la reine Charlotte de Savoie, seconde femme de Louis XI. Sur la demande de son père, il fut détenu au château de Loches de 1463 à 1466. Il est fort possible, dit M. L. Ga‘tier, que, durant ces trois années, Louis XI ait eu l’occasion d'apprécier les talents du médecin de son beau-frère et lait alors attaché à sa personne. C'est, en effet, en 1467, que nous rencontrons la première trace de la bienveillance royale en faveur de Coitier sous forme de lettrzs de naturalité.
I1, — Le malade et le médecin
Quel sera donc le rôle de Jacques Coitier en tant que directeur de la santé de Louis XI ? Ce roi autoritaire est doué d'une ruse incomparabl:, d’un sens de l’utile et de l’à propos exagéré, d’une activité psychique extrêm:. Le psychiatre semble peu autorisé à promener un regard indiscret sur cette mentalité.
Cependant, dès sa j:unesse, Louis XI fait preuve d’une disposition mélancolique avec son caractère inégal et sombre, recherchant la solitude. Vers la fin du règne, des idées de persécution apparaissent même, alors que le « dict seigneur s'enferme en sa maison du P:essis comme en une place de frontière estroictement gardée. » Il a suspicion de tous et ne voit que des conspirateurs autour de lui.
D: son mysticisme font preuve ses prières à haute voix devant ses amulettes ainsi que ses rultiples superstitions.
Enfin, on constate chez Louis XI un état hypocondriaque très marqué. « Il craignoit beaucoup les maladies avant qu'elles lui advinsent. » Surtout l’idée de la mort lui est intolérabl:. N'a-t-il pas défendu d'en prononcer même le nom devant lui ? Il a la tendance continuelle à s'occuper de sa santé qui trouve, comme nous l’avons vu, la formule d’une préoccupation morbide dans ses conversations, ses lettres, ses lectures. De jl’hypocondriaqu?, il a aussi la « suggestibilité » anxieuse et interprétative surtout vis-à-vis de son
médecin.
Très habile psychologue et surto:t très ambitieux, Jacques Coitier devina vite tout le parti Gu’il pouvait tirer de ses fonctions de directeur de la santé aup.ès d’un prince aussi craintif de la mort et aussi superstitieux. Il sentit le côté faible du monarque égoïste qui voulait que tout pliât sous sa despotique autorité, et dont l'affection pour ses familiers se mesurait exclusivement sur le degré de services qu'il recevait. Il comprit qu'il nv avait qu’un moyen de dominer un roi qui jusque-là avait dominé tout le monde, mais que les souffrances, la maladie et la ciainte de la mort pouvaient livreg pieds et poings liés à celui qui se ferait passer pour le dispensateur de la santé et de la longévité. |
Coitier commença par s'insinuer dans les bonnes grâces de Louis : il se ménagea adroitement des entrevues secrètes avec lui. Il ne se fit pas scrupule d'indisposer le prince conire les médecins qui étaient alors au.ès de lui : Philippe Potard, Enguerrand de Parenty, Pierre Chomet, Denis Soulz-le-Four, Angelo Catho et Claude de Moulins. Il lui persuada que lui seul pouvait :ui prolonger ses jours; que les autres médecins n'entendaient guère à sa maladie; que lui, par contre était parvenu à connaîtr: son tempérament et que s’il était seul, il le guérirait. S'il ne fit pas congédier ses confrères, il les tint à l'écart, sans action, sans influence, et manœuvra avec tant d’habileté qu'il resta le maître de la
place, à l’abri de toute contrainte, débarrassé de tout contrôle
gênant. Il prit alors ‘in ascendant extraordinaire sur l'esprit du monarque.
On a dit qu'il l’asservit complètement à sa tyrannique volonté. Et Philippe de Commines prétend qu'il ne craignait pas de iui parler avec brutalité, ne le traitant ni plus ni moins qu'il l’eût fait de son égal, faisant trembler une tête couronnée qui faisait trembler la féodalité.
« Ledit médecin, narre Commines, luy estoit si très rude, que on ne diroit point à ung varlet les oultraigeuses et ruddes parolles qu'il luy disoit; et si le craignoit tant le dict seigeneur qu il n’eust osé l’en envoyer et s’en plaignoit à ceulx à qui il parloit; mais il ne l’eust osé changer, comme il faisoit tous autres serviteurs; et pour ce que ledict médecin luy disoyt audacieusement ces motz : « Je scay bien, bien que ung matin vous m'envoyerez, comme vous faictes d’autres, mais par là... (ung grand serment qu'il juroit) vous ne vivrez point huict jours après ! »
De ce mot-là s’espoventoit tant, que après ne le faisoit que flatter et luy donner. Qui luy estoit ung grant purgatoire en ce monde, « veu la grant obéissance qu'il avait eue de toutes gens et de grans hommes » {6).
Casimir Delavigne, dans sa tragédie Louis XI (7), fait à peu près dire la même chose à Coitier. À Commines qui l’adjure de devenir le soutien du roi au lieu d’être son per-
sécuteur, le médecin répond :
Il serait mon tyran, si je n'étais le sien.
Vrai Dieu ! ne l’est-il pas ? Sait-on ce qu’on m'envie Du médecin d’un roi, sait-on quelle est la vie ?
Cet esclave absolu, qui parle en souverain,
Ment lorsqu'il se dit libre, et porte un joug d'’airain. Je ne m'appartiens pas, un autre me possède : Absent, il me maudit, et, présent, il m'obsède;
Il me laisse à regret la santé qu'il n’a pas:
S'il reste, il faut rester; s'il part, suivre ses pas, Sous un plus lourd fardeau baissant ma tête altière Que les obscurs varlets courbés sous sa litière. Confiné près de lui dans ce triste séjour,
Quand je vois sa raison décroître avec le jour, Quand, de ce triple pont, qui le rassure à peine, J'entends crier la herse et retomber la chaîne, C'est moi qu'il fait asseoir au pied du lit royal,
Où l'insomnie ardente irrite encore son mal:
Moi, que d'un faux aveu sa voix flatteuse abuse,
S'il craint qu'en sommeillant un rêve ne l'accuse ; Moi, que dans ses fureurs il chasse avec dédain ; Moi, que dans ses tourments il rappelle soudain; Toujours moi, dont le nom s'échappe de sa bouche, Lorsqu'un remords vengeur vient secouer sa couche, Mais, s’il charge mes jours du poids de ses ennuis, Du cri de ses douleurs s’il fatigue mes nuits,
Quand ce spectre imposteur, maître de sa souffrance, De la vie en mourant affecte l'apparence,
Je raille sans pitié ses efforts superflus,
Pour jouer à mes yeux la force qu'il n’a plus. Misérable par lui, je le fais misérable ;
Je lui rends en terreur l’ennui dont il m’accable :
Et pour souffrir tous deux, nous vivrons réunis, L'un de l’autre tyrans, l’un par l’autre punis, Toujours prêts à briser le nœud qui nous rassemble,
Et toujours conda nés au malheur d’être ensemble, Jusqu'à ce que la mort, qui rompra nos liens,
Lui reprenant mes jours, dont il a fait les siens,
Se lève entre nous deux, nous désunisse, et vienne S'’emparer de sa vie et me rendre la mienne.
Tel aurait été Coitier. M. Pierre Champion qui est un bon juge pense que le portrait n’est pas très exact; il est au moins incomplet. Et pour le compléter, il faut lire les lettres de Coitier que M. Léon Gautier a publiées, il y a quelques
années (11).