‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au XVe siècle; étude historique précédée d'une notice sur la valeur des anciennes monnaies françaisesChapitre 133 sur 327 · FAVEUR CROISSANTE DE L'ARGENTIER · texte numérisé non relu

FAVEUR CROISSANTE DE L'ARGENTIER

De son côté, Charles VII u'oubliait pas sou commissaire près les états du Languedoc. Dans une répartition de six mille écus d'or, où il retint trois mille écus pour lui, Jacques Cœur figure pour une somme de six cents écus, tandis que le parlement n'y est porté que pour deux cents. Uu seul de tous ceux qui y participèrent eut six cents écus comme Jacques Cœur; ce fut l'évêque de Carcassonne, son ami le plus dévoué1.

Ainsi honneurs et profits lui arrivaient alors, comme à l'envi. A toutes les époques, lorsqu'un homme est parvenu à une certaine élévation, tout conspire pour le faire croire partout indispensable et pour l'écraser en quelque sorte sous sa fortune. On a vu que Jacques Cœur faisait, tant à Tintérieur qu'à l'étranger, un commerce immense qui occupait trois cents commis ; ses navires sillonnaient la Méditerranée; les mines d'argent, de plomb et de cuivre qu'il possédait dans le Lyonnais réclamaient ses soins; il avait fondé une papeterie2; il était maître des monnaies à Bourges et à Paris, argentier et conseiller du roi. Chaque année, enfin, celui-ci le nommait un de ses commissaires aux états du Languedoc. En 1446, il le désigna pour faire partie, avec l'archevêque de Reims, Saint-Vallier et Tanneguy-Duchatcl, prévôt de Paris et sénéchal de Provence, d'une ambassade chargée

1 Bibl. iuip. Mss. Fonds Saint-Germain, n° 572 ; Procès de Jacquet Cœur, p. 927.

* M. Ravnal dit, loc. cit., p. 80, note, qu'il a vu des registre* du chapitre de Bourges, du quinzième siècle, composés d'un papier excellent, portant <lans la pâte l'écusson de Jacques Cœur. M. Raynal en conclut naturellement qu'il avait une papeterie, et qu'il améliora la fabrication du papier. — D'après un article du Journal de la librairie { année 1SG2, n° 38, Chronique), où se trouve reproduit le filigrane de ce papier, l'établissement dont il s'agit n'aurait été fondé qu'après la mort de Jacques Cutur, par un de ses enfant*.

GUERRES INTESTINES A OÊNES

de se rendre à Gènes et d'opérer l'annexion de cette ville à la France1.

La république de Gênes était depuis longtemps travaillée par des guerres intestines, et, plusieurs fois déjà, les partis qui s'y disputaient le pouvoir avaient fait appel à la France. En i 444, les Adomo d'un côté, les Campofregoso de l'autre, étaient les factions dominantes. Craignant de ne pouvoir l'emporter avec leurs seules ressources, ces derniers signèrent un traité par lequel ils s'engageaient à livrer Gènes à Charles VII. Deux ans après, ils s'unirent aux Doria, armèrent cinq vaisseaux et vinrent à Marseille réclamer l'exécution du traité. L'ambassade dans laquelle figurait Jacques Cœur avait pour mission d'aider Janus de Campofregoso à chasser les Adorno de Gènes et d'opérer ensuite la réunion des deux pays. Mais à peine Campofregoso se fût-il emparé de la ville avec l'appui des troupes françaises, qu'il déclara, dit un chroniqueur, que « le pays et la ville il avoit « conqvestés à Vespée, et à tespée les garderoit contre tous. » Vainement les ambassadeurs se rendirent à Nice, et de Nice devant Gènes même, pour le sommer de tenir sa parole. Une dépêche de Jacques Cœur, relative à cet objet, est parvenue jusqu'à nous. Il s'était d'abord dirigé sur Montpellier, où des affaires de plus d'une sorte l'attiraient et d'où il devait rejoindre l'ambassade. Le i5 février 1546, il adressa aux ministres de Charles VII, ses collègues, la lettre suivante, qui, malgré l'obscurité de quelques passages, mérite de trouver place ici2 :

^'Histoire chronologique du roi Charles F//", par Berry, premier héraut d'armes; dans Godefroy, p. 429. — D'après Legrand {Histoire de louis XI, Mbs., t. V, Pièces Justificatives), l'ambassade aurait été coin- |K>séeT outre Jacques Cœur, de Charles de Poiliers, chevalier, de Sainl- Vallier, chambellan, et de Jean de Jambes, premier maître d'hôtel. * Elle a été publiée pour la première fois dans le Cabinet histo-

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