LETTBB DE JACQUES CŒUR
« Mes très honorez Seigneurs, je me recommande très « humblement à vous. Par les lettres que monseigneur de « Reims escript scavoir en quel point est le fait de Jennes, «je ne puis croire que Janus nous trahisse ainsi. Toutefois « on ne peut se garder d'un traistre.Si le Roy veult appro- « cher jusqu'à Lyon et qu'on face passer présentement les « gens d'armes par deçà, je ne fais nulle doute que n'ayons « ce que demandons ù l'onneur du Roy, et plus seurement « que n'eussions eu par aultre manière; et y veuillez tenir « la main. Je sçais hien que la conqueste du Saint Graal ne « se peut faire sans moy1. Plust à Dieu que les lettres de * Xaincoins8 ne fussent jamais venues! Pourquoy m'a fallu « aller devers le Roy, c'est il me semble que la chose fust « aultrement8. Je suis passé par cy pour avancer les estats*, « car ils ne vouloient ne besoigner ny en ce avancer. Mais « je les feray expédier et m'en vais jour et nuit devers mes « seigneurs à Nice. Il est de nécessité que le Roy s'approche « et que les gens d'armes passent bref; car les nobles et la « plus part du pays n'attendent que ayde et ils se mettront « sus contre les traistres ; et vous promets qu'ils veulent la « seigneurie du Roy tout oultre. Et pour ce, s'il vous plaît, « faites faire diligence que les gens d'armes passent. «Messieurs, j'ay passé par cy, et estoit nécessaire; et
rique, n° d'août 1856, d'après une ancienne copie, par M. Valîet de Viriville, qui l'a accompagnée de notes que nous lui empruntons.
1 La conquCte du Saint-tiraal était alors l'idéal et le nom figuré de toute grande œuvre à accomplir. Jacques Cœur fait en même temps allusion à son concours de financier, à l'argent.
* Trésorier de France, subordonné de Jacques Cœur. 8 Phrase évidemment défectueuse.
* Les états de Languedoc qui se tenaient à Montpellier, et que Jacques Cœur présida souvent. Les registres de ses séances se trouvent aux Archives de la préfecture de l'Hérault.
RELATIONS AVEC CAMPOFREOOSO. 135
« aura le Roy ce qu'il demandoit; et avant mon partir sera « tout apointé, et j'en suis seur, et m'en vais et feray que « le Roy et vous serez contens de moy. — Escript en haste « ce 45 février à Montpellier. Vostre fidèle serviteur1.
« De 9 , »
Mais ces espérances ne se réalisèrent pas, et la mission près de la république de Gènes échoua. Les ambassadeurs revinrent à Marseille, et de là à Bourges, où se trouvait Charles VII*. Cependan t. Tacques Cœur était entré et continua de rester en relation avec Janus de Campofregoso. On en a la preuve par une lettre que celui-ci lui adressa de Gènes le 25 septembre 1447, et où, répondant à une dépêche qu'il avait reçue de l'argentier, il le remerciait des longs détails qu'elle contenait sur les affaires du moment. D'après cette réponse, Jacques Cœur avait eu pour but, en lui écrivant, de l'amener à livrer Gènes à la France, conformément aux engagements pris en 1444. Tout en protestant de son dévouement absolu à Charles VII, Campofregoso s'abstint de traiter cette question. Il terminait en priant Jacques Cœur de lui écrire fréquemment et longuement3.
Une mission plus délicate fut confiée l'année suivante (1447) à Jacques Cœur. Un schisme profond divisait alors l'Église. Deux papes avaient été nommés. L'un était cet Amédée, ancien duc de Savoie, qui, ayant abdiqué en faveur de ses fils, s'était retiré, avec six seigneurs de sa
1 La lettre se trouve, en copie, à la Bibl. imp. Mas. Collection Lc~ grand, t. VII, p. 723.
* Histoire chronologique, etc., loc, cit., p, 429.
3 « Hcmifue nobis gratissimam efficietis, si sape litterat, et quidproo lixas, ad nos dederitis. » Bibl. imp. Mm. Français, n° 5,414, A, p. 78. — Cette lettre, qui se trouve au milieu d'un certain nombre de pièces reproduites dans le Spicilegium de dom Luc d'Achery, ne Tait pas partie de cette précieuse collection et paraît être inédite.