ARCHITECTURE OGIVALE
ver* le milieu du quinzième siècle. — Vue d'ensemble sur les progrès accompli» dans W arts, les «rimera et les lettres (rendant ce siècle. — Jacques Cteur en ! 4 S 1 . — 11 est accusé d'avoir empoisonné Agnès Sorel.
Nous avons essayé d'apprécier la situation du commerce et de l'industrie en France au moment où Jacques Cœur parut sur la scène. Jetons, avant d'aller plus loin, un rapide coup d'oeil sur l'état des arts et des lettres vers la lin du quinzième siècle, et indiquons le point où ils étaient alors parvenus. Cette étude ne sera pas inutile pour déterminer Ja part d'honneur qui, dans le mouvement intellectuel de notre pays, revient au moyen âge, et celle que la Renaissance est fondée à revendiquer.
On a vu, dans le chapitre précédent, que Jacques Cœur avait fait élever plusieurs grandes maisons, notamment à Montpellier et à Bourges, et que celle de Bourges lui avait coûté des sommes considérables Il avait de plus fait construire à ses frais la sacristie et une des chapelles de l'église Saint-Etienne. Par ces travaux, le riche argentier dut exercer une influence réelle sur l'architecture gothique ou ogivale. Née au milieu du douzième siècle, elle s'était développée rapidement, et avait atteint, cent ans après, son plus haut degré de splendeur. Le treizième siècle fut d'ailleurs, en Europe et particulièrement, en France, le point de départ d'une ère nouvelle. Outre l'architecture, la statuaire, la sculpture sur bois, la peinture sur vitraux, l'enluminure des manuscrits, les émaux, l'orfèvrerie enfin, produisirent des chefs-d'œuvre longtemps méconnus. Il y eut
1 Les frais de construction de la maison de Bourges seulement avaient été évalués par les contemporains à cent mille écus d'or, ce qui, à 60 fr. l'écu en monnaie actuelle, ferait six millions. L'évaluation était sans doute très-exagérée i la dépense dut néanmoins être énorme.
AU QUINZIÈME SIÈCLE
à cette époque, une véritable renaissance des arts, renaissance nationale et profondément française1. La décadence de Parchitecturc ogivale fut, il est vrai, aussi prompte que ses progrès avaient été rapides. Dès le quatorzième siècle, les symptômes en furent visibles. Son caractère et les causes de sa décadence ont été parfaitement déGnis. «Dans les périodes «primitives, le principal l'emporte sur l'accessoire; il y a « disette d'ornements; cette réserve communique à l'œuvre a une expression de gravité majestueuse ou mélancolique. « Dans les périodes de décadence, l'accessoire l'emporte a sur le principal. Tandis que l'exagération altère les « formes essentielles, la décoration les envahit, les masque «et le9 obère. Le luxe et la coquetterie prennent la « place des qualités supérieures. Telle fut la marche que c suivit l'art gothique8. » Cette tendance à l'exagération et à la prodigalité des ornements fut surtout sensible au milieu du quinzième siècle. Parmi les monuments religieux, la cathédrale et l'église de Saint-Ouen à Rouen, bien que remarquables à tant de titres, portent des traces du faux goût sous lequel l'architecture gothique devait bientôt succomber, et dont le palais de justice de la même ville, élevé vers la fin du quinzième siècle, fut, en quelque sorte, la plus haute expression. La maison de Jacques Cœur à Bourges avait précipité le mouvement qui entraînait l'architecture nationale vers sa ruine. Les hôtels de ville de Saint-Quentin, d'Orléans, de Dreux, de Provins, dont la construction remonte aux règnes de Charles VIII et de Louis XII, portent l'empreinte d'un caractère nouveau,
1 M. le comle de l.aborde, /.a renaissance des ans ù lu cour de F rauce, éludes sur le seizième siècle , t. I, p. 45.
* Le moyen âge et la renaissance; MM. Lasuus et A. Mirliiela, Auhi lecture civile et religieme, t. V.
ISO