‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au XVe siècle; étude historique précédée d'une notice sur la valeur des anciennes monnaies françaisesChapitre 180 sur 327 · IS · texte numérisé non relu

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majestueuses où l'habile fusion des couleurs produit des harmonies de lumière dont l'art moderne désespère d'égaler la beauté. Depuis l'apparitiou de ces chefs-d'œuvre, la peinture sur verre s'était modifiée. Aux mosaïques trauspa rentes du treizième siècle avaient succédé des verres d'une dimension suffisante pour composer des vitraux d'une seule pièce ou d'un petit nombre de pièces rapportées1. D'autre part, les grisailles tendaient à remplacer les couleurs éclatantes. Ainsi le goût et Ja mode de fabrication avaient changé a la fuis. Bien que très-remarquables encore 9 divers litres, les verrières de la sainte-chapelle de Riom, de Saint-Vincent de Rouen, de la cathédrale de Tours 2, et de la chapelle de Jacques Cœur dans la cathédrale de Bourges, donnent la mesure de l'amoindrissement de cet art charmant que les gentilshommes pouvaient, par une faveur spéciale, pratiquer sans déroger. La maison de Jacques Cœur à Bourges était ornée de vitraux; Pun d'eux, eu grisaille, représentait une galère capitanc3. L'artiste qui les exécuta était sans doute Henri Mellin, à qui l'on doit les verrières de Riom, plusieurs vitraux de la cathédrale de Bourges, et qui peignit aussi sur verre pour l'église Saint-Paul, à Paris, les portraits, malheureusement détruits, de Charles VII, de Jeanne Darc et de Jacques Cœur4.

En même temps, c'est-à-dire vers le milieu du quinzième siècle, la grande peinture prenait enfin son essor et s'élevait,

8 M. de Laborde, Notice, etc., p. I?3.

» Le moyen âge et la renaissance; M. P. Chatnpollion Figeac, Peinture sur verre.

* Ce Titrai! existe encore dans le musée de Bourges, où il y en a aussi un autre représentant les armoiries de Jacques Cœur avec des allégories qu'une de nos gravures sur bois reproduit.

4 M. F. Bourquelot, Histoire de la peinture et des arts du dessin en France, dans Patria, cole 2256.

JEAN VAN EYCR.

presque sans transition, aux plus haute? sphères qu'il lui ait été donné d'atteindre. Longtemps comprimé par l'influence de l'école byzantine et par l'imperfection des procédés employés pour l'apprêt des couleurs, l'art populaire par excellence attendait le génie qui le débarrasserait de ses langes. Cet honneur fut réservé à Jean Van Eyck. Jamais révolution plus heureuse et plus féconde que celle dont la peinture lui fut redevable. Van Eyck ne perfectionna pas seulement la préparation des couleurs, il fut aussi un peintre de génie. Déjà, depuis des siècles, les rois avaient, dans leur domesticité, des hommes chargés tout à la fois de peindre la sellerie, les armures, la pâtisserie des cuisines, et de conserver à la postérité les traits des princes et de leurs familles1. Le duc d'Orléans, qui fut assassiné à Paris par Jean sans Peur, avait réuni dans un cabinet secret divers portraits qu'il montrait à ses familiers et qui représentaient ses maîtresses. Quelques années plus tard, l'incendie du château de Bicètre, propriété du duc de Berri, consumait une suite de portraits originaux des empereurs d'Orient et d'Occident, et des rois de la troisième race*. Mais les lignes de ces portraits étaient dures, les couleurs fausses et heurtées; la vie, l'âme enfin était absente. Le premier, parmi les peintres du Nord, Jean Van Eyck, reproduisit les grands caractères de la figure humaine. Fier de posséder à sa cour un tel peintre, Philippe le Bon écrivait en 1434 « qu'il n'y en avoit point de pareil à son « gré, ni si excellent en son art et science3. »> Lorsque l'illustre artiste mourut en 1440, il laissa, du moins, des

1 M. de Laborde, La renaissance des arts, etc., p. 38.

* Collection Pctitol, Tableau du règne de Charles VII, p. 266 et ?!>8.

* Le moyen àye et la renaissance, M. A. Michiels, Peinture sur ftois, cuivre et toile, t. V.

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