‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au XVe siècle; étude historique précédée d'une notice sur la valeur des anciennes monnaies françaisesChapitre 186 sur 327 · MÉLODIES POPULAIRES · texte numérisé non relu

MÉLODIES POPULAIRES

lations en parlant de ces airs vulgaires qui les ravissaient, obtint le plus grand succès, particulièrement en France, où Ton suppose qu'il a pris naissance. Longtemps, les deux musiques furent en lutte. On pratiqua même, pendant de longues années, une singulière fusion des deux genres. Les compositeurs accouplaient deux mélodies différentes, mais d'un mouvement analogue, l'une sur des paroles latines, choisies parmi les antiennes ou autres chants ecclésiastiques, l'autre sur des paroles profanes. Trois airs différents étaient quelquefois ainsi réunis. Ces morceaux, qui furent à la mode jusqu'à la fin du quatorzième siècle, portaient le nom de motets 1. Pour détourner les fidèles des chansons profanes, les poCtes chrétiens firent des hymnes auxquelles, plus d'une fois, ils adaptèrent des mélodies populaires. Destiuées d'abord aux assemblées privées, ces mélodies ne furent admises daus les cérémonies du culte que lorsque le clergé eut obtenu des fidèles qu'ils s'abstiendraient d'accompagner les chants, comme c'était l'habitude, de sifflements, de hennissements, de bêlements, et autres incongruités du môme genre 2.

Un compositeur français resté célèbre, Adam de La Haie, résume le progrès musical qui s'accomplit au treizième siècle. Tour à tour trouvère, musicien et moine, Adam de La Haie avait fait, outre trois pièces de théâtre ou jeux avec musique * , les paroles et la musique de

1 H. E. de Cou&semakcr, loc. cit. , p. 55 et suiv., et pl. XXVII.

* « Uistrioneas voces, garrulas atpinas,sive monlanax, tonitruantes vel u sibilantes, hinnientes velut vocalis asina, mugientes seu bâtantes quasi « pteora, sive fxmineas, omniumque vocum falsi totem, jactantiam seu « novitatem detestemur et prohibeamus id choris nostris, quia plus redo- « lent vanitatem et stultitiam quant religionem. » L'abbé Gerbert, Scriptores ecclesiastici de musica sacra, cité par M. de Cousscmaker, p. 83.

* Li jus Adam ou jeu de lu feuillée, li jus du pèlerin, le geus de Robin

AU TREIZIÈME SIECLE. 195

trente-cinq chansons, dix-sept pastourelles, seize rondeaux à trois voix, et de Luit motets à deux et à trois parties. Le rondeau suivant donnera une idée du talent poétique d'Adam de La Haie, et de ce qu'était de son temps la romance frauçaise l:

« Fines amourettes ai :

Dieusl si ne sai quant les verrai!

« Or manderai mamiette, Qui est cointe et jolietle, Et s'est si saverousetle C'astenir ne m'en porrai.

« Fines amourettes ai :

Dieus ! si ne sai quant les verrai !

« Et s'ele est de moi ençainle Tost devenra pâle et tainte; S'il en est escandèle et plainte Deshonnerée Tarai.

« Fines amourettes ai :

Dieus! si ne sai quant les verrai !

« Miex vaut que m'en astiengne, Et pour li joli me tiengne, Et que de li me souviengne; Car s'onnour li garderai.

« Fines amourettes ai :

Dieus! si ne sai quant les verrai! »

et Marion{\o\r le Théâtre français au moyen û,,c, par MM. Francisque ^ Michel et Mor.mer.iu.'}. On considère h -jeu tU> îlobin ei Umion comme le premier essai d'opéru-i-oiiiiqut! tenté en l-'r.inc.;.

1 l.c* chansons, rondeaux cl motets d'Adam delà I! .!e ont clé conservés. Voir, à ce sujet, l'ouvrage de M. de Coussemaker, qui a Tait, sur les 01 i^ints de la musique, des mherches pleines d'érudition cl d'intérêt.

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