L'HARMONIE AU MOYEN AGE
était-il de la plupart des grands artistes du moyeu âge, architectes, sculpteurs, peintres-verriers. Ils venaient, ils couvraient la France de merveilleuses basiliques, que la plupart d'entre eux n'avaient même pas le bonheur de voir achever; puis, leur mission remplie, ils mêlaient, soldats obscurs du progrès, leur poussière à celle des générations passées. Et ceux qui admirent aujourd'hui le peu que le temps, les révolutions ou la mode ont respecté de leurs œuvres, ne connaissent presque jamais le nom des artistes de génie qui en ont doté la France.
La musique est-elle soumise à des règles esthétiques immuables comme la peinture et la sculpture? Il est permis d'en douter en songeant que les œuvres les plus applaudies de notre temps n'impressionnent pas aussi vivement les populations que ne le faisaient, il y a trois ou quatre cents ans, des mélodies dont l'étrangeté serait aujourd'hui le moindre défaut. Les compositeurs du douzième siècle connaissaient d'ailleurs les principaux éléments de l'harmonie, et la tonalité de la musique appelée vulgaire, pour la distinguer de la musique religieuse, se rapproche beaucoup de la tonalité moderne. Au quatorzième siècle, l'auteur d'un Traité du (léchant, Jean de Mûris, posa plusieurs principes qui sont encore la base fondamentale de la composition î. L'art du déchant avait déjà eu ses professeurs et ses écrivains célèbres. Les plus beaux chants chrétiens sont antérieurs à ces temps reculés. Il en est de même du plain-chant, dont la décadence incontestée a été attribuée à l'influence que la musique vulgaire exerça sur les chants d'église. Le nouvel art, comme disaient les popu-
1 M. E. de Coussemaker, Histoire de l'harmonie au moyen âge. Paris, 1862, 1 toi. in-4, p. 64, 68 et 95.