‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au XVe siècle; étude historique précédée d'une notice sur la valeur des anciennes monnaies françaisesChapitre 190 sur 327 · LA BELLE YSEULT ET MADEMOISELLE PAULET · texte numérisé non relu

LA BELLE YSEULT ET MADEMOISELLE PAULET

et molle. Les dois drois et réons sur coi reluist la biautét des ongles.. Et si est graisles en sa ceinture que Ton la porroit porprendrc de ses mains. Mais je me tairai des autres parties desquelles li coraiges (le cœur) parole miex de (que) la langue »

Telle était la langue française au douzième siècle, telles

» M. Paulin Paria, Romans, dans Le moyen Age el la renaissance, t. II. — M. Paulin Paris reproduit dans son intéressant travail un autre portrait, celui de La neelot, beaucoup plus long et plus maniéré encore que celui d'Yscull. Enfin, à côté de ces portraits, M. Paris en place un autre tiré d'un roman de mademoiselle de Seudéry; c'est celui delà célèbre mademoiselle Paulcl, sous le nom J'Elise ; j'en citerai seulement ipielques extraits comme point de comparaison : « La nature n'a jamais donné de plus beaux yeux que les siens : ils ne sont pas seulement grands el beaux ; ils sont encore tout à la fois et Ans cl doux et brillans, mais brillansd'un feu si vif qu'on n'a jamais bien pu définir leur \ ritablc couleur, tant ils esblouissenl ceux qui les regardent. Sa bouche n'est pas moins belle que ses yeux ; la blancheur de ses dents est digne de l'incarnat de ses lèvres, et son teint, où la jeunesse et la fraischeur p-i missent également, a un si grand eselat et un lustre si naturel et si surprenant, qu'on ne peut s'einpescher de la louer tout haut, dès qu'on la voit. Il y a même une délicatesse eu son teint, qu'on ne syauroît exprimer; et pourtant une espaisseur de blanc admirable où un certain incarnat se raesle si agréablement, que celui qu'on voit à nos plus beaux jasmins ou au fond des plus belles roses n'en approche pas. Son nez, comme je l'ay desjà dit, est le mieux fait qu'on ait jamais veu ; ear sans s'élever ni trop haut ni trop peu, il a tout ce qu'il faut pour faire que de tant de si beaux traits ensemble il en résulte une beauté de bonne mine et une beauté parfaite. Eu clTcl, le tour de son visage n'étant ny tout-à-fait rond, ny tout-à-fait ovale, quoiqu'il penche un peu plus vers le dernier que vers l'autre, est un chef-d'œuvre de la nature, qui, ramassant tant de merveilles ensemble, ne laisse rien à désirer. Au reste, Élise n'a pas la gorge moins belle que ce que je viens de dire, etc., elc. »

M. Paulin Paris l'ait observer avec raison que si l'on avait à prononcer entre la description du trcixièine et celle du dix-septième siècle, la plus ancienne soutiendrait facilement la comparaison. On trouverai! cnlii) dans les ouvres d'un célèbre romancier contemporain (Ualiac) une foule de portraits inférieurs, pour la vérité et le naturel, à ceux d'Yscull et de Lancelot.

HOMANS POPULAIRES.

étaient les fictions que les Italiens et d'autres peuples de l'Europe imitaient à l'cnvi. Deux cents ans plus tard, l'imagination des trouvères français s'attiédit, et l'on se borna à traduire en prose les romans en vers les plus populaires de l'époque antérieure : Les quatre fils Aymon, fharlcmagne , Fierabras, Gérard de Nevers, Mélusine, Robert le Diable, etc. Enfin, au quinzième siècle, le rlironiqueur Georges Chastclain composa le Chevaleureux comte a" Artois, Ferrnnd de Flandres , Deaudouin d'Avesne, Pierre de Rovena. En même temps le roi René écrivait Y Abusé en court, et Antoine de La Salle laissait couler de sa plume élégante et fine Jehan de Saintré, ce chef-d'œuvre de grâce, où Ton trouve cependant, en grand nombre, des pensées sévères, exprimées avec énergie et précision, comme celle-ci : « Quand le riche sera mort, lui et ses biens seront « partis (partagés), et premier, la chair sera donnée aux « vers; son or, son argent et ses bagues et tout ce qu'il a, « à ses parents, et son âme aux dyables, se Dieu de sa grâce « n'en a mercy *. »

Ce style, de même que celui des Cent nouvelles nouvelles, qui datent du règne de Charles VII, annonce une langue bien près d'être formée. Antoine de La Salle fut le digne précurseur du grand historien Commines, son contemporain, qu'il avait connu peut-être à la cour du duc de Bourgogne, pendant l'exil volontaire du dauphin. L'instrument ne manquait donc pas aux écrivains; mais le défaut général de culture et la rudesse des esprits retenaient captif le génie littéraire de la nation2. Deux auteurs célèbres, Chris-

! L'histoire et plaisante chronicque du petit Jehan de Samtré ; édition de J. Marie Guichard, p. 45.

* Cet état de choses s'explique par plusieurs motifs. La rareté des bons ouvrages était telle, et le prix des manuscrits si élevé que, en de-

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