EXTRAIT D'ALAIN CHARTIER
ciens auteurs latins. On a lu le récit détaillé de ces violences; le tableau qu'en trace Alain Chartier prouve que ce récit n'a rien d'exagéré. Foulé, opprimé par tous les partis, le peuple s'adresse à un personnage figuré que Tauleur met très-heureusement en scène, à la France : a Labour, lui dit-il, a perdu son espérance, marchandise ne trouve aucun chemin qui la puisse seurement adresser. Tout est proye, ce que l'espée et glaive ne deiïend. Ne je n'ay autre espérance en ma vie, sinon par désespoir laissier mon estât pour faire comme ceulx que ma despouille enrichist, qui plus ayment la proye que l'honneur de la guerre? Que appelé-je guerre? ce n'est pas guerre qui en ce royaulme se mainne; c'est une privée robberie, ung larrecin habandonné (livré à lui-même), force publique soubz umbre d'armes et violente rapine, que faulte de bonne justice et de bonne ordonnance ont fait estre loisibles. Les armes sont criées et les estendars levez contre les ennemis; mais les exploitz sont contre moy, à la destruction de ma povre substance et de ma misérable vie. Regarde, Mère, et avise bien ma très-langoureuse affliction, et tu eognoitras que tous réfuges me défaillent. Les champs n'ont plus de franchise pour moy administrer seure demeure, et je n'ay plus de quoy les cultiver, ne fournir pour y recueillir le fruict de ma nourriture. Tout est en autruy main acquis, ce que force de murs et de fossez n'environne *. »
Pendant que l'art du récit donnait ainsi par intervalles, en attendant Commines dont le temps approchait, quelques signes de vigueur ou d'originalité dans Villehardouin,
1 Le Quadtilone invectif, ritf dan* V Histoire de la littérature franraise, du moyen ane aux temps modernes, par M. Gcruzez, p. 107.