MÉDECINS
Pour la profondeur et la vérité saisissante des images, ces dernières strophes de Villon n'ont jamais été égalées en France. Elles rappellent tout à la fois Shakespeare, qui ne parut qu'un siècle après, et Bossuct dans quelques-unes de ces magnifiques apostrophes qu'il adressait aux grands1. Hardi, éloquent, coloré*, Villon, de môme que Villehardouin, Joinville, et l'historien Commines son contemporain, avait complètement échappé à l'influence des littératures anciennes, et il dut à ce bonheur la vivacité originale de ses expressions, la personnalité de ses pensées. Ainsi, au moment où la société féodale se disloquait, grâce aux réformes de Charles VII et aux coups que lui portait Louis XI. la société nouvelle rencontrait dans le môme homme un hardi réformateur de la langue et un grand poète8.
En môme temps que Villon exprimait, dans ce langage simple et poétique, les fortes pensées qu'on vient de voir, des médecins et des jurisconsultes célèbres étendaient par leurs observations et par leurs écrits l'action extérieure de la France. Sous Charles VI, un moine de l'Ile de Lôrins en Provence, Hermentaire, avait composé une description des herbes, des plantes, des fleurs, des fruits et des animaux de toute espèce. D'autres descriptions succédèrent à celle-là et la médecine dut y trouver, à mesure qu'elles se perfectionnèrent, d'utiles auxiliaires. Dès 1396, des lettres patentes du roi reconnaissaient « que la source et l'origine de « la science de médecine se trouvoient à Montpellier, par- « dessus toutes les autres écoles. » — « Nous et nos pré-
1 M. Demopeol, Histoire de la littérature française, depuis son origine )usifu'en 1830, p. 254 el suiv.
* M. FrançiB Wcy, Le moytn Ane et la renaissance, t. II ; Les langues.
» M. H. Nteard, Histoire de la littérature française, t. I, p. 169.