AGNÈS MAITRESSE EN TITRE DU ROI
de longues obsessions, lui permit de Rétablir à sa cour. L'empire de l'habitude l'emportait. Le voile qui avait, pendant plus de dix ans , enveloppé leur intimité tomba complètement. Aux.mystérieuses et discrètes amours de la jeunesse avaient succédé les passions moins contenues de l'âge mûr. Agnès Sorel devint la maîtresse en titre du roi. Fière du triomphe qu'elle venait d'obtenir, elle ne négligea rien pour le rendre aussi public qué possible. En peu de temps, grâce à l'éclat de sa maison, au luxe et aux hardiesses de sa toilette, à la hauteur de ses manières envers la reine, le scandale fut aussi grand qu'il pouvait l'être. Le changement qui s'opéra dès lors dans les mœurs de Charles VII a été signalé par la plupart des chroniqueurs contemporains.
t Iceluy roy Charles, a dit l'un d'eux, ains (avant) qu'il eust paix au duc de Bourgoigne, menoit moult saincte vie et disoit ses heures canonniaulx ; mais depuis la paix faite au dit duc, jà-soit ce qu'il continuast au service de Dieu, il s'accointa d'une josne femme, venue de petit lieu d'envers Thours, nommée Agnès, laquelle feust depuis appelée la belle Agnès; laquelle belle Agnès menoit plus grand estât que la royne de France. Et se tenoit peu ou néant la dite royne Marie avec le dict Roy Charles, combien qu'elle feust moult bonne et très-humble dame ; et, comme on disoit, moult estoit saincte femme. Iccllc belle Agnès estoit, sy comme on disoit, une des belles femmes du royaulme »
» Mémoires de Jacques Du Clercq, p. 1 7 5. — Jacques Du Clercq, écrivain bourguignon, est, dit-on, assez peu bienveillant à l'égard de Charte» VI I, et il en serait de même de Georges Chastelain, d'Olivier de la Marche, de Monstrelet et do l'auteur du Journal d'un bourgeois de Paris, que nous allons citer. Sans défendre, sur tous les points, l'impartialité de ces chroniqueurs, je montrerai que l'appréciation qu'ils