AU SUJET D'AGNES SOREL ET DE CHARLES VII
« et quittant sa chasse et ses jardins, prit le frein aux dents, ■ si bien que, par son bonheur et vaillance, chassa les An- « glois de son royaume *. »
Ce récit d'un écrivain qui vivait environ un siècle après l'événement', ne repose par malheur sur aucune donnée authentique. Nul chroniqueur du temps, ni même du siècle suivant, ne parle, en effet, de l'influence heureuse attribuée depuis à la maltresse de Charles VII. L'histoire apprend, au contraire, que ce prince n'eut pas seulement quelques accès de courage, et qu'il partagea, dans un grand nombre de sièges, les dangers de ses compagnons d'armes. Naturellement pacifique, il lutta toute sa vie contre ses goûts, car il fît la guerre pendant trente ans. Mais le quatrain de François 1er et le conte de Brantôme sont depuis trois cents ans dans toutes les mémoires; ils ont, d'ailleurs, un côté poétique par lequel les romanciers, les peintres, la plupart des historiens eux-mêmes ont été séduits, et pendant des siècles encore, toujours peut-être, on répétera que c'est grâce aux maies inspirations et aux nobles reproches d'Agnès Sorel que Charles VII sortit de sa torpeur pour délivrer la France des Anglais.
La date de la naissance de la favorite est incertaine ; on
1 Brantôme, Vies des dames g niant et, discours VI. —On trouve dan» nne Histoire des favorites, imprimée nous la rubrique. Corn t ont inoplr, cette année précédente, et attribuée a mademoiselle de La Roehegulllon, une sorte de notice sur Agnès Sorr! ; c'est un véritable roman où l'imagination de l'auteur Joue le plus grand rôle. — V Essai critique sur l'histoire de Charles VU, d'Agnès Sorelle et de Jeanne d'Arc, par Delort. renferme sur Agnès Sorel et Charles VII un très-petit nombre d'indications, qui sont d'ailleurs sans importance historique. H existe également un volume intitulé : Chinon et Agnès Sorel, par M. Cohen; mais le* fait* y sont présentés d'une manière tout à fait romanesque.
» Brantôme était né en UÎ7 i U mourul en 10U.
1SABEAU DE LORRAINE.
suppose toutefois qu'elle vint au monde en 4409. Son père, Jean Soreau, écuyer, seigneur de Saint-Géran et de Coudun, et sa mère, Catherine de Maignelais, habitaient le village de Fromenteau, près de Loches, en Touraine. Entrée de bonne heure au service d'Isabeau de Lorraine, femme de René d'Anjou, Agnès Sorcl était encore attachée à cette princesse en 1444 et recevait, à ce titre, vingt livres par an, alors que deux autres dames d'honneur, Marie de Maillé et madame de Manonville, damoisclle de Beauveau, en recevaient cent vingt *. Des historiens ont raconté qu'Isabeau de Lorraine, dans un voyage fait à la cour de France en 1481, y avait amené Agnès Sorel, dont Charles VII s'était épris au point qu'il ne l'avait plus quittée depuis*. Or, Isabeau de Lorraine ne vint pas à la cour de France avant 14448, et les relations entre Charles VII et Agnès Sorel avaient commencé bien longtemps avant cette dernière époque. Des lettres de donation de ce prince et de Louis XI constatent que, sur quatre des filles de Charles VII et d'Agnès Sorel, la première naquit vers 1434, et la seconde environ deux ans plus tard 4. Agnès Sorel figura donc dans la maison d'Isabeau de Lorraine bien des années après être devenue la maltresse de Charles VII. Vers 1444, un peu avant peut-être, celui-ci cédant sans doute à
1 Gages des dames et ofjicicrs de Vhostel de la Rcync de Sicille. libelle de Lorraine, femme de René d'Anjou, Roy de Sicille, pour *ij nm\. finis en juillet 1 44 4. — Bibliothèque de l'École des Chartes, 3« série, t I . p. 297 et suiv. : Recherches historiques sur Agnès Sorct, par M. Naiiet de Virivllle.
* Ordonnances des rois de France ti. XIII, préface, p. xu.
* (Miuvrcs du roy René, publiées par M. le comte de Qualre-Barbes, t. I, p. lxvii, citées par M. Leroux do. Lincy, Femmes célèbres de l'ancienne France, Agnès Sorel f t. 1, p. 436.
* M. Vallet de Viriville, loc, cit.f p. 47 5 el suiv.