‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au XVe siècle; étude historique précédée d'une notice sur la valeur des anciennes monnaies françaisesChapitre 219 sur 327 · LA DUCHKSSE DE BOURGOGNE ET LA REINE · texte numérisé non relu

LA DUCHKSSE DE BOURGOGNE ET LA REINE

Au plus fort de 3es chagrins domestiques, Marie d'Anjou reçut la visite de la duchesse de Bourgogne. Celle-ci reprochait, non sans raison, à son mari, les mêmes désordres dont Charles VII ménageait si peu le spectacle à la reine. Les deux princesses confondirent leurs douleurs et se lièrent de grande amitié. Le chroniqueur bourguignon qui raconte ces détails ajoute, en ce qui concerne Marie d'Anjou, qu'elle avaitbien raison de se plaindre. « Le Roy, ajoute- t-il, avoit nouvellement élevé une pauvre damoisclle, gentil femme, nommée Agnès du Soret, et mis en tel triomphe et tel pouvoir que son estât estoit à comparer aux grandes princesses du royaume : et certes, c'estoit une des plus belles femmes que je vey oneques, et fit, en sa qualité, beaucoup de bien au royaume de France; elle avançait devers le Roy jeunes gens d'armes et gentils campai gnons dont le Roy fut depuis bien servy1. »

Des accusations plus formelles fureut dirigées contre Agnès Sorel, et elles ont trouvé un écho dans les œuvres d'un évéque français contemporain. A la vérité, Thomas Bas in écrivit dans l'exil. Suivant lui, Charles VII et sa maîtresse se trahissaient réciproquement*. De leur côté, les chroniqueurs bourguignons sont unanimes pour blâmer le scandale qu'il causait. Comparant la situation de la reine avec celle d'Agnès Sorel, l'un d'eux dit que la dernière < avoit son quartier de maison à l'ostel du Roy, mieux ordonné et appointé que

» Olivier de La Marche, collection du Panthéon littéraire, p. 406 et 407.

* « Vnde tempore treugnrvm (au temps de* trêves avec l'Angleterre, correspondant à l'année 1444), habuit in delitiis unam précipitant sa tu formosom mulierculam quant vulgo puichram Aguetem appellabant. Sec eam quippe solam, nec ipsa eum SOLUM, sed cum ipsa etiam satis copiosnm gregem mnliercularvm, omni ranitatis generi dedilarum, » (Thomas Ba^in ; lib. Y, cap. xxii.)

AGNfcS ACCUSÉE D'INFIDÉLITÉ.

celuy de la Reync, plus beaux parements de lit, meilleure tapisserie, meilleurl inge et couvertures, meilleure vaisselle, meilleures bagues et joyaulx, meilleure cuisine et meilleur tout. » Il ajoute que les seigneurs et le roi faisaient assidûment leur cour à la favorite, qu'elle avait des robes plus longues et plus coûteuses que les princesses du royaume, qu'elle passait sa vie à inventer des habillements ruineux, et qu'elle portait les épaules et la gorge découvertes l. Enfin, le chroniqueur bourguignon, dont la paix d'Arras elle-même et le rétablissement de l'ordre dans le royaume n'avaient pas calmé les rancunes, rend compte comme il suit d'une visite d'Agnès Sorel aux Parisiens.

« La darraine sepmaine d'avril 1448 vint à Paris une damoiselle, laquelle on disoit estre aimée publiquement du Roy de France, sans foi et sans loi, et sans vérité à la bonne Royne qu'il avoit espousée; et bien y apparoist qu'elle menoit aussi grand estât comme une comtesse ou duchesse; et alloit et venoit bien souvent avecques la

* Chroniques de Georges Ckastelain, collection du Panthéon lit térairr, p. 255. — La vérité est que le seul por Irait du temps que l'on ait d' Agnès Sorel la montre avec une moitié de la gorge entièrement nue. C'ost dans ce portrait, dont j'ai parlé dans le chapitre précédent et qui avait été offert en 1450 à IVglise Notre-Dame de Melun par Etienne Chevalier, conseiller du roi, qu'Agnès Sorel est représentée en vierge, entourée d'anges et d'enfants. D'après Sauvai et Dreux du Itadier, Etienne Chevalier aurait été l'un des amants d'Agnès Sorel ; mais les présomptions sur lesquelles il» se fondent n'ont aucune portée, et le tableau même dont il s'agit prouve le contraire de leur assertion.

Le dessin de ce tableau se trouve I • dans un opuscule publié par M. Eugène Grésy et intitulé : Recherches sur les sépultures récemment découvertes en l'église Noire-Dam» de Melun, suivies d'une dissertation sur les prétendues amours d'Agnès Sorel et d'Étienue Chevalier, Melunois; Melun, 1845 ; 2° dans Le moyen ûtje et la renaissance, euehroino- Uthographie, d'après une copie fournie par M. Yalletde Viriville. On a vu que l'original appartient à H. BrenUno, de Francfort.

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