ARMES VBNDUES AUX INFIDÈLES
reproche d'avoir vendu des armes aux infidèles, il répondait que les papes Eugène IV et Nicolas V l'y avaient autorisé par des bulles formelles1. Relativement à l'exportation des monnaies, il se disculpait en disant que ce n'étaient point des monnaies françaises qu'il avait expédiées dans le Levant, mais des pièces qu'il tirait d'Allemagne, de Lorraine et d'autres endroits. Peut-être quelques-uns de ses facteurs en avaient-ils transporté d'autres; mais ce n'était pas t de son sceu et commandement*. »> A l'égard de l'embarquement forcé, sur ses galères, d'un certain nombre de mauvais sujets parmi lesquels s'était trouvé, par hasard, un pèlerin allemand, Jacques Cœur exhiba des lettres de Charles VII , du 22 janvier 1443, portant en substance que des particuliers ayant, dans le but de relever le commerce du Languedoc auquel les guerres avaient été si préjudiciables, fait construire à Gênes une grosse galère destinée au transport des marchandises, il les autorisait à requérir, « pour les embarquer sur la dite galère, les personnes oyseuses, vagabondes et autres raymans, dont il y avoit si grande multitude au pays de Languedoc8. » Jacques Cœur n'avait donc fait, sous ce rapport, que se servir, à son bénéfice, d'une autorisation délivrée précédemment par Charles VII, dans une circonstance analogue.
1 Elles sont textuellement reproduites dans le Procès, p. 697 à 732. Le 3 des nones de mai 1452, pendant la durée du procès, Nicolas V adressa en outre à Jacques Cteur (ditecto ftlio, nobili viro% Jacobo Cordis) une bulle qui rappelait la teneur des deux bulles précédentes, dont les originaux avaient été égarés. Celte bulle, publiée en 1838, par Buchon, Mémoires de Du Ctercq et de Lefebvre Saint-Rémy ( Panthéon littéraire, p. 664), a été reproduite par M. Champollion Figeac, dans le t. Il, p. 470, des Documents inédits sur l'histoire de France.
* Procès, etc., p. 1 158.
a Procèi, etc., p. 767, avec ce titre : Copia titleraritm ad capiendum i agabundo> ; les lettres sont en français, bien que le titre soit en latin.
2HS
MOYKNS .irSTlFlCATlFS.
Quant à l'esclave qu'une de ses galères avait ramené, d'abord il ne savait pas qu'il fût chrétien ; ensuite cet esclave avait été conduit en France, contrairement aux conventions avec le Soudan d'Egypte. Aussi les marchands français du Levant et le grand-maitre de Rhodes lui avaient-ils écrit que, s'il ne le faisait pas rendre, son commerce en souffrirait beaucoup. Il ne s'y était, d'ailleurs, décidé qu'après avoir consulté les marchands et négociants de Montpellier.
La justiûcation au sujet des exactions qu'on lui reprochait d'avoir commises dans le Languedoc fut moins concluante. Il répondit «qu'il ne se trouveroit point qu'il eust exigé aucune somme d'or ni d'argent dont il n'eust tenu et eust bonne volonté de tenir bon et loyal compte, et qu'il pouvoit estre que ledict pays, ouitre la somme octroyée, auroit donné aucunes petites sommes de deniers qu'il auroit eues et appliquées à son profict. » Au surplus, Charles VII ayant dit, au commencement du procès, que « si ledict argentier n'estoit trouvé chargé d'avoir empoisonné ou faict empoisonner ladietc Agnès Sorelle, il luy remettoit et pardon noit tous les autres cas dont on lui faisoit charge, » Jacques Cœur réclamait, particulièrement à à cet égard, l'effet de la parole royale l.
Cependaut, le procès traînait en longueur et des délais imprévus venaient, de temps à autre, ajouter à l'impatience des accusateurs et des juges. Arrêté le 30 juillet 1 454 , à Taillebourg, Jacques Cœur avait été transféré, a la suite de la cour, au château de Lusignan, où il fut interrogé pour la première fois, le 10 septembre suivant, par Guillaume Goufûer, premier chambellan du roi. Au mois de juin 1452, il était prisonnier à Maillé où la cour s'était trans-
1 r§wt\. Me., p. M >7 .
H F. F US D'UN CONSEIL A JACOUKS l'CJKUK. 2C«
porté<\ Lv î>4> juin, la commission extraordinaire se ivunit dans la grande salle du château. Plusieurs des juges nommes à l'origine du procès avaient été remplacé?, mais le comte de Chabannes et Otto Castellani, ennemis jurés de l'argentier, faisaient toujours partie de la commission. Le grand mattre de l'artillerie, Jean Bureau1, et Etienne Chevalier, qu'Agnès Sorel avait désignés, avec Jacques Cœur, Robert Poitevin et le roi, parmi ses exécuteurs testamentaires, y figuraient également. On fit comparaître l'accusé et on lui signifia d'avoir à produire, dans un bref délai, la preuve de ses justifications. Sur sa demande de se faire assister par un conseil en ce qui concernait les griefs se rattachant à sa gestion, on lui répondit « que ce n'estoit pas la coutume du royaume, quand un officier estoit accusé de choses touchant son office, de luy donner un conseil, et qu'il devoit se défendre lui-môme. »
Surprisdece refus, espérantpeut-étreattendrir Charles VII, s'il était exactement informé de toutes les circonstances du procès, Jacques Cœur répondit que « quant à luy, il se reraettoit du tout à la bonne grâce du Roy, que tout estoit au Roy et à sa disposition pour en faire en son bon plaisir. » Mais on passa outre. Les commissaires lui donnèrent alors la liste des griefs sur lesquels il aurait à répondre et
» Outre son frère Gaspard ( u, comme on disait alors, Jaspard), qui fut d'abord grand maître de l'artillerie (voir p. 58), Jean Bureau avait aussi un autre frère , nommé , comme lui , Jean Bureau , qui était pourvu d'une charge à la cour. La fille de ce dernier, Isabeau Bureau, épousa, en 1463, Geoflroi Cœur. Rien n'Indique positivement lequel des deux frères Jean Bureau fit partie de la commission extraordinaire qui jugea Jacques Cœur. Il semble toutefois que GeofTroi Cœur n'a pas dû épouser la fille d'un des commissaires qui condamnèrent son père, et c'est pour ce motif que j'ai indiqué le grand maître de l'artillerie en 14S1 , comme ayant été l'un de ces commissaires.