AN IMUSITÊ DES JUGES
aer le procès. Ceux qui faisaient partie des commissions précédentes avaient sans doute, dans l'intervalle, été appelés à des emplois qui les éloignaient de la cour. Toutefois, l'un d'eux, l'âme et le directeur du procès, Otto Castellani, figura jusqu'à la fin parmi les commissaires.
De son côté, Jacques Cœur persistait à décliner la compétence de ses juges et à revendiquer, en se fondant sur sa qualité de clerc, la juridiction ecclésiastique. Il contestait également la véracité des témoins, dont la plupart furent plus tard traités par ses enfants de « paillards perdus, infâmes et corrompus1. » Enfin, il était évident et Jacques Cœur savait mieux que personne, que les commissaires auxquels on l'avait livré lui étaient très-hostiles. La passion fut même, sous ce rapport, poussée si loin, qu'il y en avait, dans le nombre, avec lesquels il plaidait, au moment où ils étaient chargés de le juger2.
Dans cette situation, ce qu'il avait de mieux à faire c'était de gagner du temps, et il n'y épargnait rien. Peut-être espérait-il que le pape, qui était intervenu en sa faveur auprès de Charles Vil, serait plus écouté que les ûvèques de Poitiers et l'archevêque de Tours qui avaient, mais en vain, évoqué l'affaire dès le commencement. Seul, en effet, un tribunal ecclésiastique aurait pu, au milieu de toutes ces passions et de toutes ces cupidités conjurées, se montrer juste et indépendant. Mais l'intercession du pape n'eut pas plus de succès que les protestations des évéques ; l'affaire était d'ailleurs trop engagée pour qu'on eût l'idée de l'arrêter. Au lieu de cela, on décida que le procès serait activé par tous les moyens. Jacques Cœur ayant, dans uu
1 Procès, p. 641.
1 Mémoires de Bonamy, cité* plu» haul.