PEINES PRONONCEES
vices qu'il on avait reçus, Charles VII lui laissait la vie sauve et le condamnait à faire amende honorable devant la personne du procureur général, nue teste, sans chaperon ni ceinture, à genoux, tenant en ses mains une torche ardente de dix livres, à racheter l'esclave qu'il avait renvoyé dans le Levant, ou tout au moins à faire ramener un autre esclave à Montpellier, et à rembourser aux seigneurs de Canillac et de La Fayette les deux mille écus qu'il en avait reçus. Enfin, Jacques Cœur devait payer au roi cent mille écus à titre de restitution, et trois cent mille écus à titre d'amende1, et tenir prison jusqu'à pleine satisfaction. « Et au surplus, disait l'arrêt en terminant, avons déclaré et déclarons tous les biens du dict Jacques Cueur confisquez envers nous, et l'avons banny et bannissons perpétuellement de ce royaume, réservé sur ce nostre bon plaisir9. »
Le coup était porté. Après vingt-deux mois de prison et cinq changements de cachot, au caprice des juges, dont la plupart furent même remplacés pendant l'instruction de l'afTaire, celle-ci avaitle résultat que l'on pouvait prévoir dès le début. Dans une consultation que les enfants de Jacques Cœur demandèrent par la suite aux plus célèbres avocats de Paris, ceux-ci constatèrent que le procès avait été fait de place en place, de château en château, sans confrontation de témoins, et que l'arrêt avait été rendu par des commissaires qui n'assistaient pas au commencement. « Ainsi, di-
1 On a vu, d'après les indications de la notice sur la valeur des anciennes monnaies, que cette somme représenterait environ vingt-quatre millions de notre monnaie actuelle. «— En racontant la mort de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, Olivier de la Marchr fait observer qu'il mourut le plus riche prince de son temps, car il laissa quatre cent mille escus d'or comptons, et deux millions d'or en meubles seulement. (Collection Michaud et Poujoulat, t. III, p. 512.)
1 Voir l'arrAt in extenso, aux pièces justificatives, pièce n° 7 .
RÉCLAMATION DE l/ÉVÈQUE DE POITIERS. 277
saient les avocats, ne peut qu'il n'y ait eu des fautes au jugement *. » Quoi qu'il en soit, la sentence allait être exécutée. Le 4 juin, les commissaires et le chancelier de France se transportèrent à Poitiers pour la signifier à Jacques Cœur. Des délégués de l'évéque de Poitiers s'étant rendus auprès d'eux, au prétoire du palais, leur montrèrent les lettres de tonsure de Jacques Cœur et le réclamèrent de nouveau comme clerc solu. Leur réquisition étant restée sans réponse, ils revinrent le lendemain, mais on leur refusa l'entrée du prétoire, bien que tout le monde y pénétrât librement. Ils furent alors conduits dans la grande salle du palais, où ils restèrent seuls. Deux des commissaires, accompagnés du grenier du Grand Conseil, vinrent, un moment après, leur demander quel était le but de leur démarche. L'un des délégués répondit que la veille ils avaient réclame, au nom de leur évéque, la personne de lacques Cœur comme clerc solu et justiciable, à ce titre, de la juridiction ecclésiastique, et « pour ce qu'ils avoient entendu dire que les commissaires estoient assemblez pour besoignerau faictde son procès, ils estoient illec venus cuidant entrer au prétoire pour faire derechef et rafraischir leur réquisitoire. » — « Vous n'entrerez point au Conseil et ne parlerez point àMesseigneurs du Conseil, dit un des commissaires, sans donner aucune explication. » — « Noire réquisitoire est juste, raisonnable et bien fondé, reprit l'un des délégués de l'évéque de Poitiers ; vous devez la personne de Jacques Cœur à l'Eglise dont il est subject pour estre puny et corrigé selon l'exigence des cas, crimes et méfaicts par luy commis; et au casque mes dits sieurs du Conseil
f Bonnmy, l«=r Mémoire. Voir, pièce n" 1 1 . la ron«ullation dei avocat».