ET DE JEANNE DE MOHTAONE
royaux, exigé, prins, levé, recelé et retenu plusieurs grandes sommes de deniers, tant du Roy que de ses subects, à la grande désolation et destruction des dicts pays et subjets. Pour ce, il requéroit mercy à Dieu, au Roy et à Justice. »
Le même jour, celle dont la dénonciation avait servi de prétexte à l'arrestation de Jacques Cœur, Jeanne de Vendôme, dame de Mortagnc, fit également amende honorable devant le procureur général 1. Sa dénonciation était reconnue calomnieuse; cependant, l'arrêt de condamnation de Jacques Cœur portait que, « au regard des poisons, pour ce que le procez n'estoit pas en estât d'estre jugé pour le présent, il n'en estoit fait aucun jugement, et pour cause. »
Ainsi l'iniquité était consommée. Celui qui avait ouvert le Levant au commerce français, qui, dans plusieurs ambassades importantes, avait représenté la France avec autant de splendeur que de succès, qui avait fourni au roi les moyens de lever les troupes nécessaires pour chasser les Anglais de la Normandie et de la Guicnne, était dépouillé de tous ses biens et frappé dans son honneur. Si Jacques Cœur avait, ce qui, du reste, ne fut pas clairement établi, abusé de l'autorité que lui donnait sa position pour réaliser quelques gains illicites qu'expliquaient, sans les excuser d'ailleurs, les habitudes du temps, on doit au moins reconnaître que F expiation dépassait la mesure2. Au surplus, la victime
» Vente des biem de Jacques Cœur. Voir pièces justificatives, n° I , extrait B.
* Il convient de rappeler que l'un des principaux griefs qui lui étaient imputés, relui d'avoir appauvri le rovaume en exportant de l'or et de l'arpent à l'étranger, emportait la peine du mort, et que la même action, fi naturelle pourtant, fut, pendant plusieurs siècles encore, punir de la confiscation et de peines corporelles.