‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au XVe siècle; étude historique précédée d'une notice sur la valeur des anciennes monnaies françaisesChapitre 256 sur 327 · PROTESTATIONS PUNIES · texte numérisé non relu

PROTESTATIONS PUNIES

ritage de sa mère et de son oncle, l'évéque de Luçon. Plus tard, deux de ses frères, Henri, chancelier de l'église de Bourges, et Geoffroy, appelèrent des gens du Grand Conseil à la cour du parlement, et mirent opposition à la vente des biens de leur père. Ils alléguaient « qu'il avoil toujours esté détenu si étroictcment que nul n'avoit osé parler à luy, que Ton n'avoit voulu permettre qu'il eust du conseil ni qu'il fust ouï en justice, que le crime de lèze-majesté n'avoit pas esté prouvé, que la sentence ayant esté rendue eu son absence, estoil nulle.» Ils diosieut encore que «leur père estoit clerc, longtemps paravant son mariage; mesmement, au temps de la dicte sentence donnée estoit clerc, non marié, car la dicte feue Macée (sa femme) estoit allée de vie à frespas... » Mais le procureur général répondait que Jacques Cœur « estoit crimineulx de plusieurs grands crimes et mes mes de lèze-majesté; qu'il estoit, au temps de sa prinsc, marié, et n'estoil en habit ne tonsuré; qu'il avoil esté ouï par voye extraordinaire, qu'il n'estoit besoin de prononcer l'arrest en sa présence, et enfin qu'il avoit bien su leditarrest, puisqu'il avoit fait amende honorable. »

Ces attaques persistantes contre l'arrêt du 29 mai 1453 finirent par irriter ceux qui l'avaient rendu, et l'on résolut de prévenir, par les voies de rigueur, toute nouvelle protestation. Henri Cœur et le mandataire de Geoffroy Cœur furent jetés en prison. On instruisit contre eux, et des lettres de Charles VII (27 octobre 1433) les condamnèrent u à faire amende honorable eu la personne du procureur général, a genoux, sans chaperon et sans ceinture, tenant une torche de six livres de cire ardant en la main, et à crier mercy au Roy et aux gens du Grand Conseil, en disant que faulsement et mauvaisement ils avoient appellé et baillé la dite cédule, et en amende profitable de deux mille écus. » L'amende

OPPOSITIONS PARTICULIÈRES REJETÉES. r,9J

fut, il est vrai, réduite depuis à trente livres. Deux notaires de Bourges, qui avaient dresse l'acte d'appel, subirent aussi une condamnation.

Indépendamment des oppositions formées par la famille de Jacques Cœur, il y avait les oppositions des particuliers, et elles abondaient. On remarquait dans le nombre celles de Louis de la Trémouille, en sa qualité d'ancien propriétaire de diverses terres que Jacques Cœur lui avait achetées, des évoques de Carcassonne, de Neverset de Montauban, du sénéchal du Bourbonnais, Jean d'Étampes, de Jean de Courtenay, de Guillaume de Coligny, de Jean de Chaumont, de Guillaume Lallemant de Bourges, et de bien d'autres ; mais elles furent toutes repoussées. Se fondant sur ce que, d'après un ancien privilège de la province, les biens des bourgeois et habitants de la ville ne pouvaient être confisqués, si leurs dettes n'avaient été payées, les créanciers de Bourges avaient espéré être mieux traités que les autres. On nia ce privilège qui, au surplus, dirent les commissaires, aurait été sans force contre les droits du roi1. L'adjudication des propriétés immobilières traîna néanmoins en longueur, à raison des oppositions spéciales dont la plupart furent l'objet. Quand Jacques Cœur avait été arrêté, le roi s'était emparé de tous ses biens, et, se réservant seulement cent mille francs pour la guerre de Guienne, il avait « distribué tout le reste au comte de Dammartin et aultres qui estoient autour de luy 2. » Le comte prit immédia-

1 Actes judiciaires relatifs ù la vente des biens de Jacques Caur, pièces distant dans les archives du château de Saint-Fargeau, publiées par Buchon, à la suite des Mémoires de Pu Clercq et de Lefebvre Saint- Rémy, p. 582 à «G:j.

9 Le don fait au comte de Dammartin se composait : l°Des terres et seigneuries de Saint-Fargeau, de La Couldre, de PerTeuae, de Champignulles, de Mezilles, de Vilieneuvc-Ies-Gentls et

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