‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au XVe siècle; étude historique précédée d'une notice sur la valeur des anciennes monnaies françaisesChapitre 255 sur 327 · FERMETÉ DU ROI RENÉ · texte numérisé non relu

FERMETÉ DU ROI RENÉ

.s'attendait à la réclamation que Jean Dauvet était chargé de lui transmettre. Il répondit qu'elle lui semblait bien estrange, qu'il ne demandait pas mieux que d'être agréable au roi de corps et de biens, mais que son pays de Provence n'était sujet du roi ni du royaume; qu'au surplus, Jean de Village étant citoyen de Marseille, il ne pourrait le faire enlever sans enfreindre les privilèges de cette ville, ce qui aurait les plus prands inconvénients pour lui et pour la prospérité de ses sujets. Le procureur général ayant insisté, René appela à son aide son chancelier et messire Vidal de Cabanne. Malgré toute son habileté, Jean Dauvet échoua dans sa mission, quitta Aix, se rendit à la Sainte- Baume pour y faire un pèlerinage à la benoiste Magdeleim-, et arriva à Marseille deux jours après *.

Des difficultés d'une autre nature l'attendaient. Le viguier et les syndics de Marseille avaient mis opposition ù la vente d'une maison que Jacques Cœur y possédait. Dans l'opinion du procureur général, cette opposition était mal fondée. Le viguier et les syndics objectèrent à leur tour qu'à l'époque où Jacques Cœur avait obtenu le droit de bourgeoisie à Marseille, il s'était engagé à y faire construire une belle et bonne maison. Il avait, par suite, été dispensé de taxes évaluées à dix mille florins. La maison n'ayant pas été bâtie, la ville demandait le remboursement de ces taxes, et c'est pour ce motif qu'elle avait mis opposition à la vente d'une autre maison et d'un terrain appartenant à Jacques Cœur. Le procureur général répondit qu'en admettant que celui-ci eût pris l'engagement dont on parlait, il y avait pleinement satisfait en achetant une belle maison qu'il avait fait grandement édifier et réparer, et qu'au sur-

1 Venir des birn%, etc. Voir pièces juatiflentive», n" 1, ex Irait L.

JEAN DAUVET A MARSEILLE.

plus, lui et ses gens avaient fait de grandes dépenses à Marseille. Après de nombreux pourparlers, le viguier et les syndics consentirent à donner trois cents écus au roi, à la condition qu'il abandonnerait tous ses droits sur les biens de Jacques Cœur dans leur cité. Le procureur général, trouvant que « les officiers de Marseille estoienl gens sans gaires de raison et tres-difticiles, accepta cette offre, valant mieulx, dit-il, prendre les dits inc escuz que s'en retourner ainsy sans rien faire et en danger de tout perdre. » Il vit, en outre, Jean de Village et insista pour le décider à venir rendre ses comptes à Montpellier. Mais vainement l'assura-t-il que sa liberté ne courait aucun danger; Jean de Village n'en crut rien, avec raison, et s'obstina à répondre qu'il n'irait à Montpellier qu'après avoir obtenu de Charles VII des lettres d'absolution en bonne et due forme. Le 1er juillet, Jean Dauvet revit à Aix, avant de partir, le roi de Sicile, qu'il trouva et laissa, au sujet de l'extradition qu'il était venu lui demander, dans les mêmes dispositions1. En définitive, îe voyage de Jean Dauvet en Provence n'avait produit que les trois cents écus qu'il était parvenu à arracher, non sans peine, à la ténacité des Marseillais.

Tandis que le procureur général s'en allait ainsi, chevauchant de ville en ville, pour activer la vente des dépouilles de Jacques Cœur et faire rentrer dans les coffres du trésor le prix des lambeaux partout éparpillés de cette colossale fortune, les protestations de la famille continuaient et prenaient un caractère plus grave. On a vu que Jean Cœur, l'archevêque de Bourges, avait, peu de temps après l'arrêt, soutenu, mais sans succès, ses droits à l'hé-

1 Vente de» /»»>»*, etc.. voir pièces juMiflcative», n° 1. entrait L.

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