EXPÉDITION CONTRE LES TURCS
flans la capitale du monde chrétien que partout ailleurs. Au moment de sa mort, Nicolas V préparait une expédition contre les Turcs. Calixte III, son successeur, reprit l'œuvre commencée, et envoya partout des ambassadeurs pour obtenir des subsides ou des auxiliaires; mais l'enthousiasme qui avait jadis armé tant de bras était éteiut. Il y avait alors dans le trésor de l'Église deux cent mille écus d'or que Nicolas V destinait aux frais d'une nouvelle croisade. Grâce à cette somme, augmentée de décimes demandés au clergé, de quelques aumônes, d'offrandes recueillies par des prédicateurs qui parcouraient sans cesse les divers États de la chrétieuté, Calixte 111 arma une flotte de seize galères dont il donna le commandement supérieur au patriarche d'Aquilée. Il fallait à cette flotte un chef actif, énergique, dont le nom et les services inspirassent conflance aux soldats. Jacques Cœur avait, dans de nombreuses rencontres, combattu à côté de Charles VII, de Punois, de Xaintrailles, de Laliireet des plus célèbres capitaines français. Calixte III le nomma capitaine général de l'expédition
La flotte avait pour mission de secourir Rhodes, Chio, Lesbos, Lemnos et d'autres îles de l'archipel grec. Des pirates catalans et de diverses nations se joignirent à elle. Faute de pouvoir tenter de plus grandes entreprises, elle ravagea, dit un historien contemporain, les côtes de l'Asie Mineure et les Mes qui étaient tombées en la possession des Turcs. En quittant l'Italie, elle s'était dirigée sur Hhodes, où elle séjourna quelque temps. De là, elle fit voile pour Chio où elle s'arrêta également. Au mois de novembre 1436, Jacques Cœur y tomba malade. Était-ce de maladie, ou à la
1 Thomas Bazin. Yoici le passage : u \uî potten, a s.tmmo pont i fie f Sicolao, quibnsdam galeix prxpositux quos contra infidèles urmaverat,
MO HT DE JÀCQUKS ClJKUR
suite d'une blessure reçue dans quelque engagement? On ne l'a jamais su. Bientôt son état s'aggrava, et tout espoir de guérison s'évanouit. Sentant sa fin approcher, il écrivit au roi * pour luy recommander ses enfans et le supplier humblement qu'eu esgard aux grands biens et honneurs qu'il avoit eus en son temps autour de luy, ce fust son bon plaisir de leur donner aucune chose, afin qu'ils pussent, mesmement ceux qui estoient séculiers, honnestement vivre sans nécessité »
Le commerçant fameux, l'ancien favori du roi Charles VII, l'ami de plusieurs papes, mourut le 25 novembre 1456*, loin de la France, et sans doute aussi de tous les siens. Un chroniqueur contemporain rapporte qu'au moment de trépasser, l'illustre proscrit protesta de son innocence par un serment solennel, pardonna à ses délateurs, au roi, et
cum strenuum te aliquanto tempore in hujmmodi navali prxbuisset exercitio, mors INDE CONTRACTA eum ad feliciorem vitam ex hac instabili luce evocavit. » Il y a Heu de remarquer toutefois que ce n'est pas Nicolas V, mais Calixte III qui donna à Jacques Cœur le commandement de l'expédition contre les infidèles.
1 Lettres de Charles VII en faveur des enfants de Jacques Cœur, du 5 août 1457. Voir pièces justificatives, n° 12.
* La date exacte de sa mort est fixée par ce passage de l'obi tuai rc de l'église de Saint-Etienne de Bourges, dont il avait été l'un des bienfaiteurs, et qui ne l'oublia pas : a xxv novenbris. — Obiit gênerai animi dominus Jacobus Cordis, mites, ecclesie capitaneus generalis contra infidèles, qui sacristiam nostram penitus extruxit et omamenlU decoravity aliaque plurima ecclesie nostre procuravit bona. Ea pr opter, precibus et suffragiis, complectendum duximus, et in perpetuum solemne
anniversarium illius celebrandum ordinavimus » — M. Raynal, loc.
cit., p. 94, note. — L'obiluaire n'indique pas l'année où mourut Jacques Cœur; mais ce ne peut être qu'en 1456. En effet, l'aventure de Beaucaire avait eu lieu au commencement de la même au née, et les lettres de Charles Vil où 11 est question de Jacques Cœur comme « estant allé de vie à irespassemenl, à l'encontre des ennemis de la foy catholique, d sont du 5 août 1457.