‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au XVe siècle; étude historique précédée d'une notice sur la valeur des anciennes monnaies françaisesChapitre 270 sur 327 · LETTRE DE TALBOT · texte numérisé non relu

LETTRE DE TALBOT

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Itordcaux s'agita et presque aussitôt la ville lui ouvrit ses portes, deux qui voulaient rester fidèles au roi de France n'eurent pas le temps de se retirer, et demeurèrent prisonniers. Charles VII était alors dans le Forez, préoccupé de nouveaux embarras que lui suscitait le dauphin. Il se hâta de conclure un arrangement et se porta en toute hâte sur la Guienne; mais l'hiver était arrivé, et les opérations furent supendues. L'année suivante, les deux partis se trouvèrent encore une fois aux prises. Cependant, la position devenait de jour en jour plus critique pour Talhot, car les populations des campagnes, sans l'appui desquelles la lutte qu'il soutenait ne pouvait être de longue durée, se montraient peu sûres. Cette circonstance importante est attestée par la lettre suivante qu'il adressa au châtelain de La Mottc-Seurin, en Saintonge.

« Chastelain de La Mothe, ung vigneron que Tendit Fabre , du bourg de La Haye, se est venu conplaindre devers moy que, eu une chevauchée des genz de votre forteresce, il a perdu son charroy et beufz avec lesquels menoit une queue de vin et ne s'en est eschappé qu'à grant poyne, ayant eu grant menasses d'estre rigoureusement traictié, et mesmemeut d'estre enprisoner, et a esté raneoné à la some de mj pièces d'or, et sa dicte queue de vin a esté prinse et pillée par vos dictes genz en la dicte course, de quoy le dit Fabre est bien dolent, et en suis-je mesmement aussi desplaisaut; car n'est tant seur le pais que le faille ainsi mollester et travailler chascun jour, et n'est toutes voyes profit de recogner ceulz qui nous puevent pourveoir des municion et vivres nécessaires. Et veux bien prier de vous donner de garde que encorcs en soit fait autres plaintes de semblables cas, sur tant que ne voulez encorir mon

MiS

JOURNÉE DK CASTILLON.

desplaisir. Escript de Xaintes, ce xxni« jour de may. Talbot *. »

Ces sages recommandations, témoignage irrécusable de la vigilance et de la prudence de Talbot, n'eurent pas, heureusement pour la France, les résultats qu'il souhaitait. Le 17 juillet suivant, la journée de Castillon, où les Anglais perdirent plus de quatre mille hommes, et où Talbot luimôme fut tué, décida du sort de la campagne. Après un siège de près de deux mois, Bordeaux proposa de se rendre, sous conditions. Le grand maître de l'artillerie offrait, dit-on, au roi de réduire la ville en cendres, si elle ne voulait pas

1 L'authenticité de cette lettre, si intéressante pour l'histoire, ayant été contestée, le baron de Trémont, à qui elle appartenait, consulta M. A. Teulel, archiviste paléographe de l'école des Chartes, qui, après avoir comparé la signature de la lettre de Talbot à celle apposée par le même personnage sur une pièce conservée à la Bibliothèque du Roy. et qui a été reproduite dans Vhographie* , reconnut entre les deux signatures une conformité parfaite.

« Pour attaquer l'authenticité de cette pièce, dit M. Teulet, on a prélendu qu'il est fort extraordinaire qu'un général en chef ait pris la peine d'écrire lui-même pour un objet d'aussi mince importance, et, de plus, on a avancé, on a osé imprimer que celte pièce était impossible, parce que Talbot ne savait pas le français.

« On peut répondre que l'affaire pour laquelle cette lettre a été écrite

* Isographie des hommes célèbres, collection de fac-similé, de lettres autographes, de signatures, etc., par MM. Herard , Châteaupiron , Duchesne , etc. 4 vol. in-4. — Quelque soin qu'aieut pri* les auteurs de V Isographie pour ce donner que des fac-similé de pièces authentiques, je suis obligé de constater que celui qu'ils ont reproduit de Jacques Cœur ne ressemble eu rieu à son écriture. La signature attribuée psr V Isographie à Jacques Cœur l'argentier, d'après un autographe qui faisait partie d'une collection particulière , n'est évidemment pas la sienne. Celait peut-être celle d'un petit-fils de Jacques Cœur, qui porta le même prénom que ton grand-père, et qui mourut sans postérité. Ce qui rend cette supposition probable, c'est le texte reproduit par Vhographie, teite ainti conçu: Vostre trtthumbleet obéissant serviteur, Jacques Curr. Or, tette formule n'est jamais employée dans la première moitié du quimième siècle. Du moins, je ne l'ai tue sur aucune de» nombreuses pièces qui me lont passées sous les yeui, et elle ne date, je crois, que du commencement du seizième siècle.

CAPITULATION DK BORDEAUX.

se soumettre purement et simplement. Une pareille punition n'entrait pas dans les idées de Charles VII, qui admit la ville à composition, stipula que deux châteaux forts y seraient construits, et se contenta d'une amende de trente mille écus d'or. Enfin, les droits sur les vins, cause première de la révolte, furent remplacés en Guienne par un droit de 2o sous tournois sur chaque tonneau exporté. Un droit de 12 deniers pour livre fut aussi établi sur les autres marchandises tant importées qu'exportées1.

Une médaille, a jamais mémorable par la grandeur des souvenirs qu'elle rappelle et par la simplicité des légendes adoptées, consacra l'accomplissement de l'œuvre nationale

est, au contraire, fort importante. Ainsi que Talbot le déclare lui-même, le pays était fort mal disposé pour les Anglais ; il est donc bien naturel que cet habile général ait écrit de sa main pour réprimer des brigandages qui ne pouvaient que lui être nuisibles en empêchant l'approvisionnement de son armée et en soulevant le peuple contre lui.

« Quant à la seconde objection, elle est tellement absurde qu'on ne devrait pas avoir besoin de la réfuter. Ceux qui l'ont faile ignoraient ?an» doute que Talbot, qui a vécu près de qualre-vingls ans, a passé en France presque toute sa vie ; et ils ignoraient également que toutes les pièces émanées des autorités anglaises pour l'administration de la Normandie, de la Guienne et des autres provinces que les Anglais ont occupées en France pendant le quinzième siècle, documents conservés par milliers dans les archives du royaume et dans d'autres dépôts publics, sont tous écrits en français.

a Cette lettre de Talbot ne renferme aucun élément qui puisse servir à en fixer la date d'une manière précise ; on ne peut donc que former des conjectures à cet égard. Cependant, comme elle est datée de Saintes, je serais assez porté à croire que Talbot l'écrivit vers la fin de 1452, lorsqu'il se trouvait dons cette partie de la France, après avoir fait la conquête de la Guienne, conquête qu'il ne conserva pas longtemps. »

La lettre de Talbot me parait être du mois de mai 1453, attendu qu'il avait mis à la voile d'Angleterre pour la Guienne le 1 7 octobre 1452, et que la bataille de Caslillon, où il perdit la vie, se donna le 1 7 juillet suivant.

1 M. Henri Martin, Histoire de France, t. VII, p, 401 a 411.

M KD AILLE COMM ÊMOHATIVE.

que la Providence avait réservée à Charles VII. D'un côté, ce prince était représenté assis sur son trône, le glaive d<> la justice à la main, ayant un ange ailé à sa droite et un autre à sa gauche, avec cette légende : Detjs judicium tuum hegi da et justitiam tuam fiuo w egis. Sur l'autre effigie de ia médaille, un cheval lancé au galop emportait Charles VU, une épée nue à la main. La légende était fiére et s'inspirait hien du sujet: Deus! Karolus maximus, aqlitaniorum nux. Francorum filius1.

On a vu, à l'occasion de la mort d'Agnès Sorel, que la place de la favorite n'avait pas tardé a être occupée et que sa cousine Antoinette de Maignelais lui avait promptement succédé. La conduite privée de Charles VII continuait d'être pour ses peuples un sujet de scandale toujours grandissant. Nous avons dit qu'Antoinette de Maignelais avait épousé le seigneur de Villequier. Celui-ci avait-il sollicité l'honneur de cette alliance qui lui valut une partie des dépouilles de Jacques Cœur 2? Dans tous les cas, la nouvelle favorite ne

1 Le P. Daniel, Histoire de la milice française, t. I, p. 404. — L<- P. Daniel pense qu'on donna à Charles VII le titre de fils des Franc.» à raison du dévouement que lui témoignèrent quelques provinces du royaume, dans sa lutte de trente ans avec l'Angleterre.

1 Le mariage eut Heu au mois d'octobre 1450. A celte occasion, Charles VII fit don à la dame de Villequier des îles, terres et seigneuries d'Oleron, de Marans, d'Anres, etc. L'année suivante, il y ajoutait encore d'autres terres et seigneuries (voir Femmes célèbres de l'ancienne France, par M. Leroux de Lincy, p. 44 lr noie). Les autre* terres dont il s'agit avalent été confisquées h Jacques Cu'ur. Du reste, s'il faut en croire les chroniqueurs, la dame de Villequier se montrait fort reconnaissante de ces faveurs. M. Leroux de Lincy ci le. d'apr. s Jacques Du Clercq (édit. du Panthéon littéraire, p. 91 ), une anecdole des plu» significatives, h La fille d'un écuyer de la ville d'Arras, nommé Antoine de Rebrcuves, vint h la cour de France, en la compagnie delà dame de Genlis. Celle jeune fille, qui s'appeloil Manche, étoil hien la plus belle qu'on put voir. La dame de Villequier l'ayant rencontrée.

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