MEFIANCE DU DAUPHIN
pouillé de ses biens, et qu'une magnifique maison qu'il possédait a Tours avait été don née à Dunois. Le mystère qui enveloppe les accusations dont Otto Castellani et Guillaume Gouflier furent l'objet n'autorisc-t-U pas à croire qu'ils succombèrent, eux aussi, comme Xaincoins et Jacques Cœur, sous de nouvelles intrigues de cour?
Cinq années s'étaient écoulées depuis la mort de ce dernier. La mésintelligence existant depuis longtemps entre le dauphin et Charles VII s'était encore envenimée en 1450, et celui-ci n'avait pas moins à souffrir comme père que comme roi. Malgré les plus vives instances, le dauphin ne voulait pas revenir à la cour, et il ne cachait point qu'il craignait de ne pas y être en sûreté. — « Eh quoi ! s'écriait Charles VII avec colère, mes ennemis se fient à moi, et mon fils ne veut pas le faire. » Il y avait déjà près de neuf ans que le roi n'avait vu le dauphin. D'autre part, la ville de son royaume où il avait séjourné le moins de temps était Paris. L'esprit turbulent de la capitale, les scènes de carnage et de terreur qui s'y étaient passées sous ses yeux, dans sa jeunesse, avaient fait sur son esprit une impressiou qui ne s'effaça jamais *. Constamment en guerre, depuis le commencement de son règne jusqu'à la conquête déliuitive de la Guienne, il habitait, dans les intervalles d'une campagne à l'autre, Bourges, Loches, Chinon, ou quelque château sur les bords de la Loire. Il avait fait réparer somptueusement une ancienne résidence royale située à Mehun-sur-Yèvre, à quelques lieues de Bourges. Grâce aux accroissements et aux embellissements qu'il avait reçus, le château de Mehun étajt, au quinzième siècle,
1 M. Quicherat, Aperçus nouveaux sur l' histoire de Jeanne d'Arc, p. 104.