VENISE
du savon, des cotons bruts et filés, de la soie et des autres marchandises auxquelles l'île de Chypre servait d'entrepôt, les galères flamandes et françaises rapprovisionnaient de draps de Bruxelles, Malines, Louvain, Bruges, Gand, Toulouse, Narbonne, Carcassonuc, Béziers, Perpignan, Bagnols, Amiens, et des couvertures alors très-renommées de Provins'.
Cependant, cette grande prospérité de Pile de Chypre n'avait nullement porté atteinte à celle de Venise. Loin de là, car la fortune des nations commerçantes est solidaire, et la richesse des unes ne fait qu'ajouter à celle des autres. Malgré l'infériorité de sa position relativement aux autres grandes villes du littoral italien, malgré les luttes qu'elle avait eu à livrer pour conquérir le sol même où elle était assise, Venise offrit pendant plusieurs siècles l'exemple d une persistance de volonté rare chez les nations, plus encore peut-être que chez les individus *. Les deux plus anciennes industries de Venise, celles qui la rendirent pendant longtemps maîtresse de la Méditerranée, étaient la construction des galères et la vente du sel. Successivement, elle s'appropria le filage du coton et la fabrication des camelots. Ses soies brochées d'or, ses damas, ses velours
* Usano, Prattica délia mercatura, cité dans Depplng, ubi supra, t. 1, p. 108.
* Un tarant archéologue, M. Félix Yerncilh, a constaté, d'après les registres des archives municipales de Péri gueux, dans son livre de {'Architecture byxantine en France, que déjà, vers 1012, une colonie de Vénitiens s'établit à Périgueux pour y faire le commerce des épices d'Orient, et les vendre soit dans l'intérieur de la France, soit en Angleterre, en Êcosse, et jusqu'en Irlande. Les Vénitiens habitaient un quartier de Péri gueux, comme les Lombards à Paris. Outre la rue de Venise, qui porte encore ce nom, il y avait aussi à Péri gueux la porte •le Venise. Des Vénitiens s'étaient également, vers l'époque dont il s'agit, établi» à Limoges, pour y faire le même commerce.