‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au XVe siècle; étude historique précédée d'une notice sur la valeur des anciennes monnaies françaisesChapitre 54 sur 327 · TRAITÉ D'A R RAS · texte numérisé non relu

TRAITÉ D'A R RAS

Et des mets qu'on a tous les jours En des tables trop somptueuses

L'argent manqua d'ailleurs à Charles VIT pendant la plus grande partie de son règne. En 1437, le Dauphin, alors âgé de quatorze ans, n'avait que dix écus par mois pour ses menus plaisirs; il en eut vingt l'année suivante. Quatre ans après, le roi avait à payer des troupes qu'il commandait, et qui menaçaient de l'abandonner ; il fut obligé d'emprunter à l'église de Vienne une croix et un hanap qui furent mis en gage pour douze cents écus d'or et qu'il rendit plus tard *. Ne tenant nul compte de ces difficultés, des contemporains le blâmaient d'avoir conclu avec le duc de Bourgogne, en 1435, le traité d'Arras, cette œuvre d'une politique habile qui sauva la France en détachant la Bourgogne de l'alliance anglaise. Ils prétendaient que, depuis son retour de Saint-Denis, le roi montrait si petit vouloir de se mettre en mission de reconquérir son royaume, que tous ses sujets en étaient étonnés. Ses conseillers pensaient comme lui et n'avaient cure que de couler le temps, surtout depuis la

1 Martial d'Auvergne, les Vigilles du Roy Charles septiesme. — Enfin, on ne sait s'il faut ajouter foi à l'anecdote suivante : « Le roy Charles septiesme estant à Bourges, et. y essayant une paire de bottes neufves, en ayant jà chaussé une, il fut contraint de se la faire tirer, pour ce que le cordonnier, ayant appris de luy qu'il n'avoit lors argent, ne le voulut laisser aller. ■ {Discours des choses advenues en Lorraine, depuis le duc Nicolas jusqu'à René; cité par M. Leber dans son Essai sur l'appréciation de la fortune privée au moyen ûge, p. 58, note.)

' L'abbé Legrand, Histoire de Louis II; Bibl. imp., Mb. — L'histoire manuscrite de l'abbé Legraud est un magnifique travail en six volumes in-folio, accompagné de chartes, de lettres et de documents du plus grand prix. Un historien de Louis XI, qui s'en est approprié des passages considérables, Duclos, n'a pas même cité le savant et consciencieux auteur dont les recherches lui ont été si utiles.

Page 1