JOIE DES PROVINCES APRÈS LA PAIX
n'avaient jamais vu les forêts, ceux-là les campagnes, et, quelque dévastées qu'elles fussent, ils ne se lassaient pas de les admirer. Et cette joie, ce n'étaient pas seulement les habitants des villes et la multitude qui s'y livraient, tous, jusqu'aux soldats, la partageaient; enfin, les garnisons et les troupes anglaises prirent part à ces réjouissances, tant la lassitude de la guerre était grande et le besoin de repos général ». Sans le traité d'Arras, Charles VII aurait-il pu conclure ces trêves qui permirent à la France de respirer , et à la nu desquelles il lui fut possible , au moyen d'un dernier effort, de chasser les Anglais de la Normandie et de la Guienne?
Cependant, tout en suivant modestement, mais avec persévérance, cette habile politique, Charles VII passait sa vie au milieu des plus violentes passions. Rien, dans nos annales, ne saurait être comparé aux luttes qui ensanglantèrent sa cour pendant les premières années de son règne. Indépendamment du président Louvet et de Tanneguy-Duchâtel qu'il avait dû sacrifier à une alliance très-nécessaire avec la Bretagne, deux favoris assassinés presque sous ses yeux, un troisième traqué de ville en ville par celui à qui il devait son élévation, donnent une idée de ces scènes de désordre qui rappellent les cours de l'Orient. Le premier et le plus célèbre de ces favoris, Pierre de Giac, était, en 1426, au plus haut degré de la faveur. C'était un homme d'un caractère violent et emporté, qui avait joué un rôle dans l'affaire du pout de Montereau. Dans une assemblée des trois États qui eut lieu à Mehun-sur-Yèvre, près de Bourges, un évêque nommé Hugues Comberel ayant consenti un nouvel
1 « Quod iuduoi a civïbm tt inermi mullitudine, verutn aïam a viris militaribus, tam Francis quant Angiicis, timiliUr fecbat. » Vhi supra*