REGNAULD DE CHARTRES
mouille, d'un grand crédit auprès de Charles VII, quand Jeanne Darc était venue délivrer Orléans et changer la face de la guerre. Chacun d'eux espérait alors relever, au moyen de sa propre influence,* les affaires du roi, et se grandir encore par le service qu'il lui aurait rendu. L'arrivée de l'héroïque jeune fille, la faveur qui s'attacha aussitôt à son nom, leur avait été uu vif sujet de jalousie, et, tacitement, sans s'être communiqué leur projet, ils avaient travaillé à la perdre. Prélat de cour, négociateur habile, Regnauld de Chartres comptait sur son adresse diplomatique pour sauver le royaume. Mais subjugué par Jeanne, il ne savait la combattre qu'absente. Quand elle eut été faite prisonnière, il écrivit aux habitants de Reims « que Dieu « avoit souffert prendre la pucelle parce qu'elle s'étoit « constituée en orgueil, soit pour les riches habits qu'elle « avoit pris, soit pour ce qu'elle avoit fait sa volonté au « lieu de faire la volonté de Dieu.» — «Elle ne vouloit croire «conseil, ajoutait l'archevêque de Reims, ains faisoit tout « à son plaisir. Au surplus, un pâtre du Gévaudan s'étoit « présenté au roi, avec commandement de Dieu d'aller dé- « confire sans faute les Ànglois et Bourguignons. * Tels étaient les regrets que la prise de Jeanne Darc et la certitude de sa mort prochaine avaient inspirés au chancelier de France, Regnauld de Chartres1. Quant à Martin Gouge, son prédécesseur, il resta à la cour et il exerça jusqu'en 14 i4, époque de sa mort, principalement dans les affaires de l'Église, une influence dont nous verrons les traces plus loin *.
1 M. Quicherat, Aperçus nouveaux sur l'histoire de Jeanne d'Arc, p. 28 et 92.
1 F. Duchefttie, Histoire des chanceliers et nardes des sceaux de France depuis Clovis jusqu'à Louis XIV, p. 478 et suit.