SCÈNE VI LES MÊMES, moins PAULINE et FRANÇOISE
BERRU, bas à Damour.
La petite Sagnard... Hein? Ça pousse vite, la graine de mioches !
DAMOUR, donnant un coup de poing sur la table.
Ce n'est pas tout ça ! je suis venu pour te reprendre.
FÉLICIE, tremblante.
Assieds-toi et causons. Ça n'avance à rien, de faire du bruit... Alors, tu viens me chercher ?
damour.
Oui, tu vas me suivre et tout de suite. N'est-ce pas, Berru ?... Je suis ton mari, le seul bon. Oh ! je connais mon droit... N'est-ce pas, Berru, que c'est mon droit?... Allons, mets un bonnet, sois gentille, si tu ne veux pas que tout le monde connaisse nos affaires. (Félicie ne répond pas.) Tu refuses ?... Je comprends, tu es habituée maintenant à faire la dame dans un comptoir ; et moi, je n'ai pas de belle boutique, ni de tiroir plein de monnaie, où tu puisses tripoter à ton aise... Puis, il y a la petite
de tout à l'heure, que tu m'as l'air de soigner mieux que Louise. Quand on a laissé filer la fille, on se moque du père !... Mais tout ça m'est égal. Je veux que tu viennes, et tu viendras, ou bien je vais aller chez le commissaire de police, pour qu'il te ramène chez moi avec les gendarmes... C'est mon droit.
FÉLICIE
Écoute, Jacques...
DAMOUR
C'est mon droit... N'est-ce pas, Berru ?
BERRU, sentencieux, à Damour.
Oui, c'est ton droit ; mais il faut voir ; moi, je suis pour qu'on ne se fasse pas de bile. (A Félicie.) Malheureusement, le camarade est pressé. C'est dur d'attendre, dans sa position... Ah ! madame, si vous saviez ! Pas un radis, il crève de faim.
félicie.
Pardonne-moi, Jacques... (Un silence.) Ce qui est fait est fait. Mais je ne veux pas que tu sois malheureux... Laisse-moi venir à ton aide. (Geste violent
de Damour.)
BERRU, vivement.
Bien sûr... (A Damour.) La maison est assez pleine ici, pour que ta femme ne te laisse pas le ventre vide... (A Félicie.) Quand vous ne lui donneriez qu'un pot-au-feu, pour qu'il se fasse un peu de bouillon.
FÉLICIE
Oh ! tout ce qu'il voudra, monsieur Berru.
JACQUES DAMOUR. v25
BERRU, à Damour.
Voyons, tu veux bien accepter un cadeau ?... Un pot-au-feu, et quelques côtelettes.
damour.
Merci, je ne mange pas de ce pain-là. (Venant regarder Féiieie dans les yeux.) C'est toi seule que je veux, et je t'aurai.
FÉLICIE, reculant.
Mon Dieu !
DAMOUR, s'emportent.
Tonnerre ! Ce n'est donc pas assez d'avoir souffert ce que j'ai souffert, il faut encore que tu me méprises ! Tu veux donc que je casse tout ici !... Allons ! dis la vérité : si Louise est morte, c'est que lu l'as abandonnée. (Il la secoue violemment.) Ali! si j'en étais sûr.
FÉLICIE, sans se défendre.
Oh ! Jacques !... Jacques !...
BERRU.
Du calme ! Tu vas gâter ta position.
DAMOUR
Fiche-moi la paix. (A Pélide.) Veux-tu me suivre, oui ou non ?
FÉLICIE
Mais je ne peux pas..., je ne peux pas...
DAMOUR
Tu ne peux pas ?... (Il saisit une chaise cl la lève.)
Tiens î je vais faire un malheur.
BERRU, désarmant Damour.
Eh ! pas de bêtises.
DAMOUR
J'aime, mieux m'en aller, je la tuerais ï
BERRU, à Félicie.
C'est ça, je l'emmène un instant.
DAMOUR, à Félicie.
Oui, je m'en vais. Mais tu ne perdras rien pour attendre. Je reviendrai, et gare dessous, toi, la mioche et toute la sacrée baraque... Attends-moi, tu verras !