SCÈNE X SAGNARD, DAMOUR, BERRU
SAGNARD.
Alors, c'est vous?
DAMOUR
Oui, c'est moi.
SAGNARD.
Très bien... Causons.
DAMOUR, hésitant.
C'est que..., ce n'est pas à vous que je veux parler, c'est à Félicie.
SAGNARD.
Voyons, mon camarade, expliquons-nous d'abord... Que diable ! nous n'avons rien à nous reprocher ni l'un ni l'autre. Pourquoi se dévorer, lorsqu'il n'y a de la faute à personne?
DAMOUR, d'une voix sourde.
Je ne vous en veux pas, laissez-moi tranquille, allez-vous-en... C'est à Félicie que je désire parler.
SAGNARD, tranquillement.
Pour ça, non, vous ne lui parlerez pas. Je n'ai pas envie que vous me la rendiez malade. Nous pouvons causer sans elle. — D'ailleurs, si vous êtes raisonnable, tout ira bien. Puisque vous paraissez l'aimer encore, voyez la position, réfléchissez, et agissez pour son bonheur à elle.
DAMOUR, violemment.
Taisez-vous ! Ne vous occupez de rien, ou ça va
mal tourner. (Il s'avance sur Sagnard.) BERRU, ^'interposant.
Voyons, Damour... Tu m'avais promis...
DAMOUR
Fiche-moi la paix, hein!... De quoi as-tu peur? Tu es idiot!
SAGNARD.
Du calme! mon camarade, du calme! Est-ce que je suis en colère, moi? Quand on est en colère, on ne sait plus ce qu'on fait... (Un silence.) Écoutez, si j'appelle Félicie, promettez-moi d'être sage, parce qu'elle est très sensible, vous le savez comme moi... Nous ne voulons la tuer ni l'un ni l'autre, n'est-ce pas?... Vous conduirez-vous bien?
DAMOUR, d'un ton douloureux et profond.
Eh! si j'étais venu pour mal me conduire, j'au-
rais commencé par vous étrangler, vous, avec toutes vos phrases!
SAGNARD.
Alors, je vais appeler Félicie... Oh ! moi, je suis très juste, je comprends que vous vouliez discuter la chose avec elle. C'est votre droit. (Frappant à la porte de la chambre.) Félicie ! ... Félicie! (Silence.) Félicie,
viens donc... (S'impalientant; après un nouveau silence.)
C'est bête, ce que tu fais là... Il promet d'être raisonnable. (Entre Félicie, les yeux rouges.)
BERRU, à part.
Voilà le coup de chien.