‹ Jacques de TourreilChapitre 6 sur 153 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. Dans les Lettres de Boursault (tome I, p. 353), il y a, sous le nom de Fieubet, une pièce de vers intitulée Les grandeurs et la mort,e\\e mérite d'être citée :

Figure du monde qui passe Et qui passe dans un moment, Pompe, richesse, honneur, funeste amusement. Dont un mortel s'enivre et jamais ne se lasse, De quoi sert votre éclat à l'heure de la mort ? Il ne peut ni changer ni retarder le sort. Louvois plus haut que lui ne voyait que son maître : Dans le comble des biens, des grandeurs, du plaisir. Lorsqu'il la craint le moins, la mort vient le saisir, Et ne lui donne pas le temps de la connaître. Hélas ! aux grands emplois à quoi bon de courir ? Four veiller sur soi-même heureux qui s'en délivre !

Qui n'a pas le temps de bien vivre Trouve malaisément le temps de bien mourir. On cite de Gaspard de Fieubet l'épitaphe de Saint-Pavin, celle de Descartes, une fable intitulée Ulysse et les Sirènes que contient le recueil de vers choisis du P. Bouhours, ainsi que le portrait de la comtesse de La Suze qu'on attribue quelquefois à Bouhours.

Voici l'épitaphe de Saint-Pavin, cet étrange personnage qui, bien que dans les ordres, se rendit célèbre par son incrédulité :

Sous ce tombeau gît Saint-Pavin :

Donne des larmes à sa fin.

Jacques de Tourreil reçut donc comme un héritage familial les heureuses dispositions qu'il montra de bonne heure et qui le portèrent à aimer passionnément létude ; et s'il est vrai, comme l'a maintes fois démontré Taine, que l'homme prend et garde l'empreinte du sol et du ciel ; que le milieu et l'éducation gravent dans les esprits et dans les cœurs une manière de sentir, de voir et d'agir, qui mène l'homme à travers les étapes de la vie jusqu'au terme de sa carrière ; nous ne saurions oublier que cet enfanl, sorti d'une des familles les plus disting^uées du Languedoc, était né dans une ville « où l'esprit et la politesse, disait Tabbé Fleury, sont des qualités ordinaires ^ », et qu'il eut la bonne fortune de faire ses études dans un des meilleurs collèges du royaume.

Dès le I'''' siècle de notre ère Martial appelait Toulouse la cité Palladienne - ; et au iv*" siècle, parmi les villes

Tu fus de ses amis peut-être ?

Pleure ton sort avec le sieu.

Tu n'en fus pas ? Pleure le tien,

Passant, d'avoir manqué d'en être.

Voici celle, fort peu connue, de Descartes :

Descartes, dont tu vois ici la sépulture,

A dessillé les yeux des aveugles mortels.

Et gardant le respect que l'on doit aux autels,

Leur a du monde entier démontré la structure.

Son nom par mille écrits se rendit glorieux:

Son esprit, mesurant et la terre et les cieux.

En pénétra l'abîme en perçant les nuages;

Cependant comme un autre il cède aux lois du sort,

Lui qui vivrait autant que ses di\ins ouvrages

Si le sage pouvait s'affranchir delà mort.

Nous citerons enlin, à titre de curiosité, le porti'ait en vers latins de la comtesse de la Suze .•

QucL" Dea sublimirapitur pcr inania curru?

An Juno ? an Pallas? an Venus ipsa venit ? Si genus inspicias, Juno; si scripta, Minerva;

Si spectes oculos. Mater Amoris erit.

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