‹ Jacques Delorme, ou Bonheur et religionChapitre 23 sur 37 · II. i/î · texte numérisé non relu

II. i/î

( a4î ) vaut-il pas seul tous les premiers re'unis? A quel titre d'ailleurs pourrionsnous nous plaindre? Nous avions peu de chose, mes enfans, beaucoup moins que ce qui nous reste encore aujourd'hui, lorsque nous nous sommes mis en ménage, votre mère et moi : les hommes sans religion peuvent bien dire que c'est à nos travaux que nous avons du l'accroissement de notre fortune; mais nous, qui savons que c'est en vain que l'homme arrose la terre de ses sueurs, si Dieu ne bénit ses efforts ; nous qui en avons vu tant d'autres travailler avec autant de zèle et d'intelligence que nous, et ne retirer cependant de leurs soins que la misère, nous remercions le Seigneur de nos succès, et nous reconnaissons que c'est à sa bonté' que nous les devons. Loin de nous décourager de l'accident dont il nous frappe, nous y trouvons , au contraire, une nouvelle occasion de le louer : car, en même temps qu'il nous montre à combien peu tiennent

( P./.3 ) ces prospérités temporelles auxquelles nous eussions pu nous trop attacher, il nous montre aussi combien cependant il est riche en miséricorde pour ceux qui l'aiment et le servent avec fidélité. C'est lui , n'en doutez pas, qui compense ce qu'un coup semblable a toujours de cruel, par les services dont il a inspiré la pensée à tant de (généreux amis, et qui vont réparer nos pertes en si peu de temps. Quand je pense à tant de marques d'un si touchant intérêt qui m'ont été prodiguées, et au peu de choses qu'elles me laisseront à regretter, je ne sais, en vérité, si je ne dois pas m'applaudir plutôt que me plaindre de la circonstance qui me les a values.

NICOLAS

Quant à ça, beau-père, je ne dis pas que le bon Dieu n'y est pour rien ; mais quand on se conduit comme vous, on est toujours sûr de trouver ses amis au besoin.

DELORME

Je connais le monde mieux que vous, Nicolas ; et si ce que vous dites est souvent vrai, il ne l'est cependant pas toujours. Mais, d'ailleurs, n'est-ce pas encore à Dieu et à l'observance de sa loi que je dois de m'être toujours conduit de manière à me'riter des amis aussi dc'voues? C'est donc à lui, vous le voyez, à lui seul, que je dois tout ce que j'ai éprouvé jusqu'à ce jour, et tout ce que j'éprouve encore d'heureux. »

C'était dans de telles conversations que Delorme et sa famille puisaient les consolations qui les entretenaient dans cet état de paix et de contentement intérieur qui faisait l'admiration de tous ceux qui les connaissaient.

Heureux d'avoir placé leur confiance en celui qui ne trompe jamais, ils éprouvaient par une bien douce expérience que même ses rigueurs sont accompagnées de plus de satisfaction

que les décevantes joies du monde, toujours surpasse'es par les cuisans chagrins qu'elles engendrent.

Page 1