‹ Jacques Fayan; drame en un acte [par] Jules Bobillot et M. Émile MaxChapitre 10 sur 18 · SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME

LOUIS, sortant un petit calepin de sa poche et en tirant deux billets de cent francs.

Un peu, oui. Je me range, je fais des économies depuis quelques mois. Enfin, on a ^toujours deux cents francs à prêter à des amis... dans l'embarras.

MARTHE, allant vers lui, vivement.

C'est vrai, dites, que vous feriez ça, que vous nous sauveriez? Ah ! ce serait, bien. II faut oublier ce que je vous ai dit. J'étais si malheureuse, voyezvous, de voir mon pauvre Jacques souffrir, que je ne savais plus du tout ce que je disais. C'est que vous comprenez bien, il se serait tué, je le connais; c'est la loyauté même au fond, il a fallu ce moment de folie, que vous vouliez empêcher, vous, pour lui faire oublier que cet argent ne lui appartenait pas. Quel bonheur tout de même que vous soyez venu ! Oh ! soyez tranquille, nous vous rendrons ça bientôt, allez, Jacques vase remettre au travail. Ah ! c'est beau ce que vous faites-là. Je ne sais vraiment pas comment vous remercier.

LOUIS* gouailleur.

Dis donc pas de bêtise !

MARTHE, reculant et très ingéuument. .

Hein ? quoi ! vous ne voulez plus maintenant.

LOUIS, ricanant.

Prêter deux cents francs à ton homme qui m'a toujours un peu regardé de travers et que je hais, moi ! Ah ! non, jamais, par exemple, ce serait trop

bête. (S'approchant d'elle et dans le cou.) A toi, OUÙ MARTHE, le plus ingénument possible.

Mais, je les lui donnerai, moi. Ce sera toujours la même chose.

LOUIS

Pas pour moi. Tiens, parlons pas de générosité, de remerciements et du reste, ça me gêne. Voilà deux jolis billets dont t'as absolument besoin. Pourquoi? je n'en sais rien, je veux pas le savoir, seulement, t'en as absolument besoin. Eh ! bien !

ils SOnt à toi. (Plus bas et lui prenant la taille.)... si tll VeUX

être gentille.

MARTHE, passant à droite.

Lâche! Lâche! j'aurais dû m'en douter.

LOUIS

Le fait est que t'as mis le temps à comprendre que j'étais pas assez naïf pour faire de la générosité avec une femme comme toi, qui me dit qu'elle me déteste.

MARTHE, avec force.

Oh ! maintenant c'est encore mieux, tu me dégoûtes!

LOUIS

Pourquoi? Tu m'as parlé carrément, je tais comme toi.

MARTHE

C'est bon. Va-t-en !

LOUIS, allant à petits pas vers la porte.

C'est ce qu'on fait madame (S'arrêtant.) Mais tout ça n'empêchera pas ton Jacques d'être pincé, va ! Car quoiqu'il dise, on y regarde à deux fois avant de se supprimer, et on le condamnera pour abus de confiance. Oh ! pas bien fort : deux ou trois ans à peine, y a des circonstances atténuantes. En sortant de Mazas...

MARTHE, allant vers lui, furieuse.

Tu Vas te taire, à la fin ! (Louis recule d'un pas.

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