SCÈNE TROISIÈME M
MARTHE, se retournant ! un grand lemps reculant.
Vous! Toi ! ici.
LOUIS
Oui moi ici. moi, Louis Briard ça t'étuiine. Ltften-
danl la main.) Tu Vas bien, Maduni''.
MARTHE, reculant et retir.-int sa main.
Ah ! ne me touche pas... je te défends de me toucher.
LOUIS
Que t'es bote! est-ce que tu crois que je vas te manger...
MARTHE, mèéaaête.
Qu'est-ce que tu veux eneo
LOUIS, s'asseyant sur un coin Je la table.
Faut que je te cause.
MARTHE, remontant vers le fond.
J'ai pas le temps. Mon mari est sorti il va rentrer d'un instant à l'autre... je vous dis que j'ai pas le temps.
LOUIS
Oh ! tu sais... tu peux continuer à me tutoyer, je suis pas fier, moi.
MARTHE
Vous allez partir, n'est-ce pas?
LOUIS
Pas avant de l'avoir dit ce que j'ai a te dire. voilà une demi-heure- que j« guette le départ de ton... Jacques, pour monter. Je ne tile pas avant que nous ayons bavard.'' tous les deux.
MARTHE
Alors dépêchez-vous, je suis pressée.
LOUIS
T'impatiente pas, se sera pas long. (S'instaiiant àcaiifourchon sur une chaise.) Écoute, ma belle, nous étions bons amis avant ton mariage.
MARTHE
Ah ! taisez-vous, ne parlez pas de ça.
LOUIS
Et de quoi veux-tu que je te parle. Ça te contrarie que je me souvienne toujours...
Je te dis de te taire.
LOUIS, se levant et allant à elle-
Voyons! voyons... nous sommes là seuls, tous les deux, tu ne t'imagines pas me faire peur avec tes deux grands yeux effarouchés.
MARTHE
Oh! je sais bien que vous ne reculez pas devant une femme, vous !
LOUIS
Ce qui veut dire que je reculerais peut être devant un homme, pas vrai? Eh bien! tu sais, ça dépend de l'homme. En tout cas, t'es pas aimable, ma petite ... mais passons.
MARTHE, les bras croisés face au public.
Oh! oui, finissons-en vite.
SCÈNK TROISIÈME 13
LOU IS, se rasseyant à califourchon.
Depuis ton mariage, chaque foisque j'ai voulu monter ici tu m'as flanqué à la porte. Oh! mais [à, carrément. Les premiers» temps, j'ai cru que je t'oublierais. Etpuis, t'avais une excuse : Nouvelle mariée, la lune de miel, est-ce que je sais, des balançoires, quoi. Donc je m'étais résigné à ne plus te voir. Et je te jure que ça m'a coûté. C'est pas pour te faire des compliments, ma belle, mais y en a pas beaucoup qui te vaillent, quand on t'a connue, toi, on te regrette.
MARTHE
Que voulez-vous que ça me fasse?... Après?
LOUIS
Après, c'est tout.
MARTHE
Ah ! c'est tout ce que vous aviez à me dire ?
LOUIS
Pas tout à fait pourtant. J'ai à te dire... pour terminer, que c'est très joli, les regrets, mais que ça ne me suffit pas; j'ai à te dire, (il se lève.) que voilà un an que tu joues à la femme honnête, à la vertu avec moi et que... j'en ai assez, voilà.
Allant à elle.
MARTHE
Ainsi, vous oseriez.
LOUIS, il la regarde bien en face et 3'incline, devant elle les mains dans ses poches.
Précisément.
.MARTHE, passant à gauche.
Tiens ! tu es fou. Mais tu ne penses donc pas à une ■chose
LOUIS
Laquelle?
MARTHE
C'est que je ne t'aime pas, moi...
LOUIS
' Bah ! ça reviendra.
C'est que je ne t'ai jamais aimé.
LOUIS, fat.
Menteuse.
MARTHE, s'emportant.
Menteuse! Ah ! non... Je ne mens pas, pour l'instant du moins, et je te jure bien que je te hais, que je te méprise profondément.
LOUIS
Ah ! c'est comme ça. Eh bien ! tant pis, ma belle. Déteste-moi si tu veux, j'en suis fâché, mais je t'aime, moi, je t'aime plus que jamais, et ça suffit.
MARTHE, très fort.
Tu crois, toi. Tu te trompes joliment. Tu ne sais pas encore à qui tu as affaire. Je te réponds bien que tu ne m'en imposes plus maintenant et que je ne suis plus la petite fille à qui tu faisais peur. Car, vois-tu, je peux bien te le dire, en fait d'amour, c'est la seule impression que tu m'aies faite : tu m'as fait peur, avec ton mauvais regard et ton ricanement louche; tu m'as fait peur et c'est comme ça que tu m'as prise.
BCfins THOISIr.MK RS
LOTIS, ria n.int.
Oh! prise, tu savais oe que tu faisais, ma petite.
MARTHE
11 n'y a qu'une façon de prendre une jeune fille de force. Il y a le viol... sans violence, plus dangereux que l'autre et c'est celui-là que tu pratiqua s,
toi!
LOUIS
C'est bon. Assez causé. Je fais ce que .je veux, et môme toujours ce que je veux, rappelle-toi ça.
MARTHE, allant à gauche de la table.
En attendant, tu vas t'en aller.
LOUIS, allant vers elle.
Allons donc !
MARTHE
Jeté dis que tu vas t'en aller, où sans ça....
Ele va à la porte du fond.
LOUIS, descendant à gauche.
Sans ça ?
MARTHE, di fond.
Jacques va rentrer, je lui raconte ce que tu viens faire ici, et tu sais, lui, il est de taille à te casser les rems.
LOUIS
C'est possible. Mais tu ne foras pas ça.
MARTHE, descendant à droite.
Et qui donc m'en empêcherai I ?
LOUIS, allant à elle.
Toi-même parbleu ! il y a des choses qu'on n'avoue pas et je jure bien que tu ne lui diras pas tout à ton homme.
MARTHE
Et moi, je jure bien que si. Tu ne me connais pas encore, toi. Il me tuerait ! Qu'est-ce que ça me fait à moi maintenant. Oh : je suis bien décidée va. Pousse-moi à bout et je lui raconterai toute notre histoire et s'il m'étrangle, je m'en irai soulagée au moins. Je lui dirai comment tu m'as eue, un soir, en m'entraînant à un bal, où tu m'as grisée. (Louis lève répauie.) Et cela, un mois avant mon mariage avec lui qui était ton camarade, ton ami presque,
(Louis va s'asseoir d'un air ennuyé sur la chaise qui est à droite de
la table.) lui que j'aimais et que j'aime encore. Je lui dirai aussi, que si je n'ai pas eu le courage de lui avouer notre crime tout de suite, c'est qu'il m'aimait trop, et que cet aveu là l'aurait tué. Et après... après, il fera de moi ce qu'il voudra, je m'en moque.
louis.
En effet, tu es une femme forte.
(il se lève)
MARTHE
Plus encore que tu ne penses, va ! Tiens, une chose : Tu as dû savoir que j'étais enceinte il y a six mois.
LOUIS, se levant.
Oui, j'ai rencontré Jacques, qui faisait son gaillard...
MARTHE, sombre.
C'était pas de Jacques. C'était de toi.
LOUIS, stupéfait.
Ah bah ! (Se remettant, très calme, passant à droite.) Après
tout, c'est possible.