‹ Jacques Grévin, 1538-1570: 1538-1570Chapitre 100 sur 254 · BONIFACE · texte numérisé non relu

BONIFACE

Ne vous pouviez-vous revancher?

J'en étais bien empêché, répond le jeune homme. El Boniface de s'écrier majestueusement :

Ha, si j*eusse esté avec vous* !

Cependant tout s'arrange. On remet à Loys ses quittances, et le trésorier déclare que c'est comme s'il n'avait rien payé. A ce prix, l'honnête comptable évite d'avoir affaire aux gens du roi. L'amant éconduit réalise un bénéfice et perd ses illusions : au total, une bonne journée. L'amant heureux décide de garder, en dédommagement de ses alarmes, l'argent prêté par sa maîtresse, ce que je trouve plus avisé que délicat. Quant à la trésorière, son mari lui pardonne : c'est affaire à lui.

Voilà une pièce qui ne prêche pas la morale. Elle scandalise le brave Colletet, qui ne peut en louer que l'intrigue, « car pour ce qui est des sentimens, dil-il, si je les voulois faire passer pour des sentimens fort nobles et fort relevés, je trahirois sans doute les miens ». Il n'y a pas lieu de s'étonner de ce qu'une comédie du XVI* siècle soit franchement licencieuse. Rien de moins édifiant que le spectacle d'alors. Artistes avant tout, amoureux de la forme et des grâces naissantes du langage, les hommes de cette époque estimaient sans doute comme Catulle que, du moment que le poète est chaste, son œuvre n'a pas besoin de l'être*. Mais ce qui stupéfie, c'est la pensée que des comédies comme la Trésorière aient pu se jouer dans les collèges de l'Université. Quel étrange spectacle pour la jeunesse! Et il va sans dire que j'ai dû atténuer beaucoup, et omettre plus d'une scène curieuse : les madrigaux cyniques' de Richard à la servante Marie*, Tamère et rude sortie du même Richard sur l'inconduite chez les femmes",

i. II, 107, V. M7; 108, V. 5-H.

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