Baïf, éd. M.-L., II
poème sur La Paix*. laquelle de ces deux œuvres parut la première? L'intérêt de la question, on va le voir. Sans chercher à la résoudre, je remarque seulement que Grévin dut composer sa cantate très peu de temps après le traité de Cateau-Cambrésis (3 avril); le privilège de l'imprimeur porte la date du 8 avril. Plus tard, l'auteur inséra le Chafit de joie dans ses odes sous ce titre plus simple : Sur la Paix faicte Van 1559 ', avec de légères variantes d'orthographe et un simple changement : deux vers modifiés dans l'ode pour louer comme auteurs de la paix Montmorency (qui fut plutôt un des auteurs de la défaite) et « les princes lorrains ' ». Ce trait, absent dans le Chant de joie et emprunté certainement à La Paix de Ronsard*, prouve- t-il que Ronsard n'ait donné La Paix qu'après le Chant dejoiel Au fond, je croirais plutôt le contraire, et que La Paix précéda à la fois le Chant et l'Ode. En tous cas, les deux dithyrambes expriment les mêmes idées, parfois dans les mêmes termes : bienfaits de la paix; fin des cruautés*; les amours renaissent ; des aubades au lieu du bruit des batailles'; plus d'embuscades, sinon à la chasse^, et le commerce va refleurir*. Malheur à qui ramènera les maux de la guerre * !
Pour le style, Grévin n'a |mis l'avantage. Son petit vers de sept syllabes manque de l'ampleur que revêt l'alexandrin de Ronsard. Là où deux vers suffisent à celui-ci, il faut toute une strophe à
1. Ronsard, éd. P. Bl., VI, 216-224. Cf. Le Chant Pastoral de la Paie de Remt Belleau, qu'il remania en 1572, pour l'appliquer aux trêves conclues entre les catholiques et les protestants. Voir Rem y Belleau, éd. M. L., 1, 189-193, et les notes. Cf. aussi La Paix venue du Ciel, de G. des Autels. Paris, 1559.