Du B^LLATy éd. M.-L., II
peut voir, par exemple, dans mainte page des Sovspirs d'Olivier de Magny*, Tantôt ils s'en montrent nourris au point de ne pouvoir écrire sans le refléter en quelque sorte à leur insu, en disciples qui se sont assimilé une fois pour toutes la pensée et les tournures du maître. C'est la manière de Ronsard', et aussi celle de Grévin. Toutefois, je tiens à faire, en ce qui concerne celui-ci, une observation préalable. Il ne sacrifie à la mode régnante que dans la mesure où un écrivain de son temps ne pouvait pas s'en affranchir. Il représente, si l'on peut ainsi parler, un pétrarquiste de second degré. Il relève du pétrarquisme plutôt que de Pétrarque même. Je ne suis pas du tout sûr qu'il ait lu Pétrarque; peut-être ne l'a-t-il connu qu'à travers les Amours de Ronsard (publiés de 1552 à 1557). Examinons en quoi il ressemble à Ronsard (du moins au Ronsard des sonnets à Cassandre, s'il ne ressemble pas au Ronsard plus attendri des sonnets à Marie, ni au Ronsard, beaucoup plusélevé,des sonnets à Hélène). Nous nous demanderons ensuite si sa poésie ne se distingue pas, à certains égards, par la marque d'une inspiration libre et originale.
Le premier devoir d'un pétrarquiste, c'est d'exalter sans relâche les perfections physiques de l'idole : le teint, les cheveux, les yeux, les lèvres, les mains, les pieds. Pétrarque s'en tenait aux charmes visibles. Ses imitateurs ne gardèrent pas la même réserve. Ronsard va très loin dans cette voie'. On ne saurait croire à quel point Grévin se préoccupe du sein d'Olympe,
ces Tertres d'ivoire, Qui portent au sommet un corail enchâsse^.
Passe encore quand il parle de ces « deux mamellettes* », de
1. Voir J. Fatrb, Olivier dt Magny^ étude biographique et littéraire, Paris^ 1885^ p. 233 sqq.
2. M. Piéai, Le Pétrarquisme au xn* siècle, Pétrarque et Ronsard, ou de Vinfluencé de Pétrarque sur la Pléiade française. Hargcillc, 1896i
3. RossARD, éd. P. BIm i, 136, v. 31-37; 137, v; 1-5; 11^ 545^ v. 29*