Il, 285, V
Le poète, prenant Thomme à partie, lui trace le tableau des infortunes qui Tassaillent, du berceau à la tombe, dans toutes les conditions, et qu'il ait pris femme ou qu'il ait préféré rester « hors du mariage ».
 la suite d'un prince ou d*un grand Cardinal
Encore plus endure&-tu de mal, Soit forçant ton vouloir à fin de luy complaire,
Et en un jour cent fois te contrefaire :
Soit adorant celuy qtie tu mettroû à mort
Si à l'e$cart tu te sentais plus fort^.,..
Dans toute cette Élégie, et principalement dans ce passage, on retrouve d'une façon évidente le souvenir d'un ouvrage qui avait paru en 1558, et qui avait obtenu un grand succès : Le Théâtre du monde^ où il est fait un ample discours de% misères humaines^ par un ami de Grévin, Pierre Boaistuau, dit le sieur de Launay. fioaistuau commençait son ouvrage, comme Grévin son Élégie, par rappeler les noms d'Heraclite et de Démocrite. Il suivait l'homme de sa naissance à sa mort, passant en revue toutes les situations. Parlant des courtisans, il disait : « Voylà comme ces pauvres misérables courtisans vendent leur liberté pour s'enrichir. Il faut qu'ilz obéissent et obtempèrent à tous commandemens, justes ou injustes, qu'ilz se contraignent de rire quand le prince rit, qu'ilz pleurent quand il pleure, approuvent ce qu'il approuve, qu'ilz condemnent ce qu'il condemne. Il faut obéir à tous, altérer et changer du tout sa nature, eslre sévère avec les sévères, triste avec les tristes, et quasi se transformer en la nature de celuy à qui ilz veulent plaire, ou n'avoir rien..., sans mettre en compte les vices qui accompaignent ordinairement ceux qui suyvent la cour, ou la pluspart des choses humaines sont prépostérécs. Beaucoup à la cour Vosleni le bonnet, qui le voudroienl avoir osté la teste. Tel ployé le genoil à te faire révérence, qui se vou-
droit estre rompu la jambe à te porter en terre. » Mais si le discours de Boaistuau respire une force et une gravité qui, par instant, approchent de réloquence,Grévin,dans son travail d'imitation et de réminiscence, ne rencontre qu'un ton déclamatoire qui retire beaucoup d'intérêt à son lieu commun. Il y a loin de cette amplification emphatique à la désolation sincère, concise, pénétrante des sonnets qui la suivent, et que dictait à l'auteur son inspiration personnelle.
La sincérité, nous la retrouvons dans l'Élégie « à Monsieur de Poix, Médecin de Madame de Lorraine* ». Antoine Le Poix (ou de Poix, parce que le duc de Lorraine avait conféré la noblesse à son père) étudia la médecine sous la direction du fameux Jacques Dubois ou Sylvius ; il a laissé un ouvrage estimé sur la numismatique. Il fut un des protecteurs de Grévin, qui s'ouvre à lui des chagrins que lui causent ses envieux et ses ennemis. Ils traitent de « phrénésie » sa prétention de « joindre la Médecine avec la Poésie ». Mais Apollon ne fut-il pas poète et médecin? Grévin ne fait des vers que pour se délasser de « plus graves estudes », et c'est de ce repos studieux que naquit la Gélodacrye.