‹ Jacques Grévin, 1538-1570: 1538-1570Chapitre 17 sur 254 · Voir HoRÉRi, v* Liébaut · texte numérisé non relu

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i. Du Verdœr, V" Nicole Estienne.

mariée^ ou se peuvent vair les peines et tourmetits qu'elle reçoit durant sa vie, mis en forme de stances par Madame Liébault (Paris, chez Pierre Menier, s. rf.)*. Ces quelques stances constituent un petit poème tout à fait remarquable. On devrait les faire lire à tous les fiancés. Jamais on n'a dit aux maris des vérités aussi sévères dans une forme aussi mesurée. Nulle déclamation, nulle emphase. L'expression tire toute sa force de la simplicité même. Remarquez que Nicole Estienne ne dit pas : les misères de la femme mal mariée. Elle dit : les misères de la femme mariée. Plus d'un mauvais mari, plus d'un peut-être qui se croit du nombre des bons, se reconnaîtrait dans les descriptions de l'auteur. On a dit que celle-ci avait voulu faire une contre-partie aux stances de Desportes contre le mariage. C'est aussi une réponse anticipée, et la plus forte qui se puisse lire, à la X° satire de Boileau. Et comme les misères de la femme mariée commencent même avant le mariage, Nicole, n'en doutons pas, se souvenait de Grévin en écrivant ces vers :

A peine maintenant sommes nous hors d*enfance, Et n'avons pas encor du monde cognoissance, Que vous taschcz desjà par dix mille moyens, Par prësens et discours, par des larmes contraintes, A nous embarrasser dedans vos labyrintes, Vos cruelles prisons, vos dangereux liens.

Nicole ne fut-elle pas heureuse? A en croire Guy Patin, Jean Liébault n'aurait pas fait fortune*. Les biographes, qui se copient les uns les autres (et M. Renouard, qui sur ce point copie les biographes), s'apitoient sur la triste fin de Jean Liébault, qui, tombé dans la misère, serait mort d'inanition. On infère ce fait d'un [passage des mémoires de Lestoile ainsi conçu : « [juin 1596] Le médecin Liébault, homme docte, mourust sur une

1. Celte pièce a été réimprimée dans les Variétés littéraires de H. Edouard Fourrier, t. III, p. 521-331. Voir dans le Recueil de Rnsse Desneux un sonnet de .Nicole aTcc son anagramme : Nicolle Estienne^ J'eslonne le Ciel; Bibliothèque nationale, manuscrits^ fonds français, n' 22563, 2"* partie, p. AI.

2. Gct-Patin, Lettres, éd. Réveillé-Panse. Paris, 1846, t. III, p. 144.

pierre où il fust contraint de s'asseoir, en la rue Gervais-Laurent à Paris*. » Mais en lisant ce qui précède cet endroit dans le Journal de Lestoile, on voit que celui-ci rend compte d'une épidémie de « fièvres chaudes et pestilentes » qui sévissait à Paris, et qu'il énumère les divers personnages qui furent plus ou moins subitement victimes du fléau. D'ailleurs, Lestoile se montre mal informé, tant de la date exacte du décès de Liébault, que des condi* tiens dans lesquelles il sui'vint. On a publié récemment, d'après une minute du notaire La Barde, l'inventaire après décès de ce Jehan Liébault, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris et premier médecin de Madame, s<Eur du Roy ». Il y est dit que Liébault mourat « le dernier juillet passé [1596], dans une chambre et estude des appartenances d'une maison, rue aux Fèves, où ledit défunt étoit demeurant* ». Cet inventaire, où, par parenthèse, se trouve portée une « Anatomie de Grévin », donne de curieux détails sur les aflaires et les relations de Liébault, dont la situation n'était pas celle d'un indigent. Je n'ai pas à discuter la solvabilité du de cujus. Je note seulement que du mariage avec Nicole était née une fille, Marie, épouse d'Adrien Chappelain, auditeur des comptes.

Au reste, ce n'est pas l'héritage de Charles Estienne qui avait pu enrichir ses enfants. Emprisonné, soit pour religion, soit pour dettes, peut-être pour les deux motifs réunis, il mourut au Châtelet, en 1564, entièrement ruiné. On peut trouver dans le mauvais état de ses afiaires, notoire dès l'année J 561, une des causes qui empêchèrent le mariage de sa fille avec notre poète. Un événement d'ailleurs va se produire dans la vie de celui-ci, qui suffirait à expliquer la rupture : dans la deuxième partie de l'année 1560, Grévin est obligé de quitter subitement la France à raison de ses opinions religieuses.

1. Mémoires^ Journaux de Pierrb de L'Estoile, éd. conforme aux nus» originawCé Paris, 1875-1896, t. VU, p. 65.

2. Documents pour servir à P histoire des libraires de Paris, publiés par le baron JifiÔMB PiGBoif et Georges Vicaire. Paris, 1895^ p; 180.

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Il élait protestant. De ce poînt témoîgnent à la fois ses écrits et sa vie. On comprend que MM. Ilaag lui aient donné une place importante dans leur savant et scrupuleux ouvrage*. L'oncle de Prong l'avait élevé dans la religion catholique, en

Abbreuvant ses jeunes ans De la foy des anciens*.

Ce passage a embarrassé Gouget, qui en propose une explication singulière. « Il y a lieu de croire, dit-il, que le poète entend par la foi des ancienSj dans laquelle il fut élevé, le goût et la manière de penser des anciens. » La vérité, c'est que Grévin a renié les croyances qui étaient celles de sa famille. Au cours d'une de ses poésies les moins connues, il nous apprend que l'oncle de Prong était prêtre, et rend même hommage à sa piélé'. Ailleurs, il se demande, dans un moment de lassitude morale, s'il n'eût pas mieux valu pour lui se contenter « de la doctrine apprise de sa mère »*. Enfin, il nous instruit de l'époque où il se convertit à la religion réformée. C'est en quittant le collège, alors, dit-il, que

Sortant de Tignorance, Ainsi comme le corps, croissoit mon espérance, Dont encontre V erreur dès Vheure je m'arme*.

L'erreur, c'était la religion romaine. Une telle attitude, qui avait quelque chose de batailleur, ne pouvait manquer d'attirer

1. Eue. et Em. Uaag, La France protestante, Paris, 1846-1859, t. Y. p. 363-367. L'art. Grévin n'a pas encore paru dans la nouvelle éd. eotrepriae en iS77<

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