‹ Jacques Grévin, 1538-1570: 1538-1570Chapitre 186 sur 254 · V.pw · texte numérisé non relu

V.pw

?: nom de Wcrty dans le procès-verbal d'autopsie du Dauphin, lils

' aîné de François P% mort en 1556'. En 1557, il obtint la

réunion en un seul fief des dilTérents fiefs qu'il possédait dans le pays. En 1559, il acheta la terre de Fournival, et, en 1547, I celle d'Airion. Il mourut le 21 novembre 1551, ayant amassé

une fortune considérable. Son fils ', Joachim de La Bretonnière, seigneur de Warty, occupa après lui la charge de gouverneur et bailli de Clermont ^ Il parait bien qu'il donna des marques de sa sympathie pour les doctrines calvinistes et ne laissa pas d'essuyer de ce chef des désagréments personnels. Grévin, dans une pièce de vers qu'il adresse à Philippe de Warty, fils de Joachim, lui propose d'adopter cette devise :

Jamais le fils ne se doit taire Du tort qu'on a faict à son père^

Joachim mourut en 1555. Il avait épousé Madeleine de Suze, fille de Philippe de Suze, seigneur de La Versine, et de Claude de Villiers de l'Isle-Adam. Madeleine embrassa ouvertement la religion réformée. Elle souffrit pour sa foi dans des circonstances qui méritent qu'on les rapporte. Dans la soirée du 4 septembre 1557, deux ou trois cents religionnaires s'étaient assemblés en une maison de la rue Saint-Jacques, située entre le collège de Plessis (aujourd'hui lycée Louis-le-Grand) et la Sorbonne, pour célébrer la cène et chanter des psaumes. Lorsqu'ils se disposèrent à sortir, ils trouvèrent une populace ameutée qui leur eût fait un mauvais parti sans l'arrivée des officiers de police. Tous ceux qui n'avaient pu se frayer un passage l'épée à la main

1. E. CuARAVjiT, Revue des documents historiques, 2* année (1874-1875), p. 64.

2. Il eut aussi plusieurs filles, dont l'une fut dame d'honneur de Culherine de Médicis, une autre prieure du couvent de ^VarivilIe près Clermont (Le P. Anselme, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, des pairs, etc. Paris, 17-26-1755, t. YIll, p. 906).

5. L. Graves, Annuaire statistique et administratif du département de l'Oise et du diocèse de Ueauvais (1858). Beauvais, 1858, p. 115. 4. 1, 176, V. 3.4.

furent conduits au Chûtclet. Théodore de Bèze rapporte que parmi ces prisonniers se trouvaient des femmes de la plus haute condition 9 et Pierre de La Place mentionne au nombre de cellesci les châtelaines d'Ouarty (Warty) et de Rentigny (Rantigny, village près de Liancourt, dans la vallée de la Bresche)*. On les injuria grossièrement. Bèze, qui ne craint pas les vivacités du langage, dit qu'on les appela d'un fort vilain mot, et il dit le mot. Il ajoute : « Elles furent chargées de toutes sortes d'injures, outragées de coups : leurs acoustremens furent mis en pièces, leurs chapperons abattus de dessus leurs têtes, leurs cheveux arrachés, et leurs visages souillés et couvers d'ordure et fange. En tel estât tous furent conduits aux prisons... '» C'est pour soutenir le courage de ces femmes, dont la mort paraissait certaine, que Calvin leur adressa sa lettre : Avx prisonnières de PariSy une des plus nobles pages peut-être qu'ait écrites le réformateur'. Un certain nombre de supplices suivit Taffaire de la rue Saint- Jacques. D'autres procès étaient déjà instruits et les bûchers n'attendaient que les victimes, quand une des prisonnières, une « Damoiselle », dit Bèze, c'est-à-dire une femme de qualité, ayant eu l'idée de récuser un de ses juges, les rigueurs, retardées par cet incident, se trouvèrent finalement arrêtées par l'intervention des cantons réformés de la Suisse et des princes protestants de l'Allemagne. Les prisonniers recouvrèrent la liberté. Madeleine, « renvoyée à la Roine », dit La Place, put revenir à Warty.

Jacques Grévin professait pour elle un dévouement mêlé de reconnaissance. En lui présentant, en 1558, ses Regretz deCharles cinquiesme et cette Description du Beauvoisis qu'il terminait par

1. p. DE La Place, Commentaires de V Estât de la Religion et République soubs les Rois Henry et François seconds^ et Charles neufieme, s. I., 1565, p. 5 v*.

2. Th. de Bèze, Histoire ecclésiastique des Eglises réformées au royaume de France. Anvers (Genève), 1580, 1. 1, p. 120.

3. J. BoNSET, Lettres de Calvin; lettres françaises. Paris, 1854, t. U, p. 145. Cf. p. 159, la lettre k Mme de Rantigny.

— 29i — uLi âloge discret de son fils, il lui disait : « Mon service n'ayant 1 ion envers \ous mérité, m'avez fait eipérimenter combien est f!rande la liLéralité d'une dame vertueuse, envers ceux qui consumment leur temps et aage en un labeur semblable à celuy des llllcs de Danaé pour assouvir leurs esprits. Pour à quoy obvier. Madame, ces jours passez m'eslant un peu délivré de mes accous- 1 u mées estudes, lâchant selon la petite capacité de mon esprit rccogriiiistrevostre libéralité, ay composé les regretz que faict unEmpeii'ur... lesquels il vous plaira recepvoir, non en récompence, ains iri iccongnoissance de voslre libéralité : n'ayant pour le présent |ilus grande commodité de vous monstrer l'affection que j'ay de la iic quelque chose à vous agréable.... Ainsi, Madame, j'espère i|iie de vostre accoustumee bonté et bénignité, prendrez pour i'(.'stË heure en bonne partie ce mien petit labeur, non par dcb- M)ir, car je vous doibs beaucoup plus que ne sçauroys excogiter à ^.ilisfaire. » Il est probable que la châtelaine de Warty avait >iibvenu à l'entretien à Paris de son jeune coreligionnaire, cl i|iio(jrévin devait à Madeleine la continuation des études dont rinidc de Prong lui avait inculqué le rudiment. Ce même opus- 1 ule des /(eyretr contenait une ode Ji Madame de Warty, queGrévin ii|iroduisit ensuite dans VOlimpe, avec quelques variantes ou tilutùl quelques corrodions de style ou d'orlhogiapbe. Dans cette ( umposition, l'auteur flétrit la malice d'un Protée qui a « vomi Ir venin de sa rage» contre l'honneurdc Madame de Warly.Nous l'omprenons bien quel parti il entend désigner parce dieu à la rage desbridée », monstre momenlanément puissant avec la licimission du ciel, mais voué finalement à la honte et à la déliile. Il compare rinconstancc, l'incertitude des sentiments de ( (' l'rotée au caprice des vents et des flots. Les vers sont frappés [\\a assez de force :

Ainsi (]ue la mer irritée, i'ar l'ubboy des venls suscitée.

Contre une roche au pied cavù fail broncher une nef crranle.

Ou le nocher plore et lamente, Voyant son chemin dépravé.

Puis cessant le vent qui la bat, En un coup ses ondes retire, Et fait appaiser le combat D*entre ses eaux et la navire*....

Heureusement, Dieu veille, qui, en un besoin, suscite une légion d'anges pour défendre « la Religion ». Il faut donc mettre sa confiance en Dieu : n'est-ce pas la ressource de tous les persécutés?

C'est ce grand Dieu qui, d*un tonnerre Espouvantant toute la terre.

Rend ses ennemis estonnez.

Et de son bras jettant le foudre Emmorcelle ainsi que la poudre VojTC les mieux environnez '....

Veuve de Joachim, Madeleine épousa en secondes noces, à Warly, le 24 novembre 1565, Jean de Monchy, seigneur de Senarpont, dont elle cul un fils, Louis de Monchy, seigneur de Belle en Boulonnois et chambellan du roi'. Au reste, elle continua sa protection à notre poète. Elle avait le plus grand crédit auprès de Marguerite de Savoie, si nous en croyons Grévin luimême qui la désigne dans sa Pastorale sous le nom de Madelon :

Madelon que Margot aime autant que soy-mesme*.

Margot, nous savons que c'est Marguerite. Grévin ajoute, parlant de Madelon :

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