AiisELKE, op. ciL, t. VII, p
Elle scait mon pouvoir, Elle en a bien voulu quelques-fois recevoir.
Et pris à gré le son de quelque chansonnette, Alors que j'embouchay ma première musette ^
Ce n'est donc pas seulement par la lecture de ses écrits, comme le prétend Colletet, que la duchesse de Savoie se décida à attacher Grévin à sa personne, mais bien plutôt sur la recommandation de Madeleine de Suze. Celle-ci parvint à un âge avancé. Un chroniqueur raconte que, le 11 août 1592, se rendant à Senlis avec sa famille, elle échappa à grand'peine à une embuscade qu'un parti de ligueurs avait dressée dans les bois*. Madeleine vivait encore en 1594; je trouve son nom dans un document local qui porte cette date, une mention inscrite sur le Registre des baptesmes administrez en V Eglise refformée de Mouy depuis Van 1592. Voici cette mention : c» Du lundy 30* de may audict an [1594], à Warty. — A esté par moy baptizé Loys, fils de Hiérosme de Sainct-Sauflieu, sieur d'Arquinviller, et Barbe du Val, sa femme. La marine, («c) Magdclcine de Suze, veufve de feu le sieur de Senarpont; le parin, {si^) Jehan Le Febvre, médecin à Clermont'. »
De son mariage avec Joachim de Warty, elle avait eu deux enfants, un fils et une fille. Philippe de Warty, chevalier de l'ordre du roi et gentilhomme de sa chambre, succéda à son père dans la charge de gouverneur et bailli de Clermont. Le petit recueil des Regretz contient trois sonnets de Grévin a Philippe de Warty. Grévin le loue de se montrer le digne héritier de son père, par son goût pour les sciences, par sa vaillance et aussi par son attachement aux bons principes, car ce qui fait l'objet du plus ardent désir de Grévin, c'est de voir
2. Voir Adiielm Bernier, Monuments inédits de VHistoire de France, 1400-1600. Mémoires originaux concernant principalement les villes de,,, C 1er mont-Oise, etc., Paris-Senlis, 1834, p. 245.
3. Société de l* histoire du Protestantisme français; bulletin historique et liiléraire, t. XXXII, p. 71.
Assopir la Magere ennemie Qui de rancœur et de brusiante envie Avoitdesja le païs descliiré....
En revanche, Grévin ne laisse rien percer de ses sympathies calvinistes dans l'ode IX de VOlimpej intitulée : UEspée^ à Philippes (T Warty. L'auteur ordonne à Vulcain de forger pour Philippe un glaive, ou, comme il dit, une « alumelle », vieux mot français qui a persisté dans le patois picard. Il indique à Vulcain les ornements que devra porter ce glaive, voué au service et à la défense du roi. D'abord, des devises; puis, Técu des Warty, dont ce passage nous conserve la description :
Au bout, d'une mesmc façon, Tu graveras un escusson, £t de guculies une ceinture Qui luy servira de closture :
Dedans tu graveras cncor' Cinq fusées en un champ d*or'.
Surtout, Vulcain devra retracer sur celle épée les brillants faits d'armes accomplis par Joachim de Warty, devant Boulogne, où il « rembarre un escadron Anglois », à Metz, où il « effroye un camp d'Alemans », à Oudenarde, partout enfin où il s'est signalé par ses prouesses et sa vaillance,
AfTm que voyant ceste histoire, Son fils remette en sa mémoire Qu*il fault mourir sous le harnois Pour la défense de nos Rois, Qu'il faull mourir pour un bon Prince, Qu'il fault mourir pour sa province*.
De fait, huguenot zélé et fidèle sujet du roi, Philippe de Warty ne démentit pas les traditions de sa race. En 1572, il épousa
Judith de Montbéron, qui appartenait à la religion réformée, et vit son mariage cassé par sentence de Charles, cardinal de Bourbon, évêque de Beauvais. Le bruit de cette mesure rigoureuse se répandit bientôt dans la province et contribua à l'irritation des esprits : Tarmée calviniste prit prétexte de cette occasion pour ravager tout le pays. On lit dans le journal de Lestoile, à la date de 1586, un <f pasquin » satirique sur le luxe et les débordements des courtisans, dans lequel Philippe de Warty est pris à partie avec violence :
Douar ti, c*est trop caquette I...
Uouarti, tu voudrois sçavoir^.. etc.
En 1589, Philippe se signala à Senlis, oii il participa à la victoire des royalistes, qui s'emparèrent de la ville*.
Il mourut sans postérité, et ses terres passèrent à sa sœur Françoise. Celle-ci, mariée d'abord à Galiot de Crussol, seigneur de Beaudiner, qui périt à Paris le jour de la Saint-Barthélémy, se remaria, le 24 juillet 1578, avec Jean-François Faudoas de Serillac, seigneur de Belin, lieutenant du roi en Picardie, puis gouverneur de Paris, de l'Isle-de-France, et ensuite de la personne de Henri de Bourbon, prince de Condé. De ce mariage naquit une fille, Louise, qui épousa Claude Gruel, seigneur de La Frette, ennemi implacable des catholiques, mort à Warty, le 18 mai 1615'.
Madeleine de Warty et son fils avaient fait de leur château le rendez-vous ordinaire des chefs du parti calviniste. Là s'assem-
i. Mémoires-Journaux de Pierre de VEsloile, édition conforme aux manus.rils originaux, Paris, 1875-1896, t. II, p. 565 et 306.