‹ Jacques Grévin, 1538-1570: 1538-1570Chapitre 196 sur 254 · La Roque, 0/7. cit., p · texte numérisé non relu

La Roque, 0/7. cit., p

*i. Il, 275. V. 4-7.

muse de rinimitié devait mieux inspirer Grévin. Celte inimitié, d'où vint-elle? Impossible de le savoir exactement. 11 y eut chez les calvinistes un parti pris de dénigrer Charpentier, de décrier sa conduite et de le taxer d'ignorance : on peut voir à cet égard un sonnet satirique de Rasse Desneux sur c< l'anagrammatisme » de Charpentier, et deux pièces de vers latins du même auteur conçues dans le même esprit*. Jacques Grévin ne se montra pas le moins acharné des ennemis de son coAipatriote. Dans la même année 1564, il lança contre lui deux pamphlets, l'un en prose latine, l'autre en vers français.

Le premier, intitulé : Responsio ad. J. Carpentarii calumnias^ se termine par cette date : Idib. Aug. M. D. LXIIII. Pas de nom d'éditeur ni d'auteur. L'exemplaire que possède la Bibliothèque nationale (je ne sais pas s'il en existe un autre) porte au-dessous cette mention manuscrite, d'une écriture ancienne : Authore Jac. Grevino. La similitude entre ce factum et le suivant rend cette attribution tout à fait certaine. Dès le début, on voit qu'il s'agit, dans l'intention de Grévin, d'une véritable catilinaire : « Tandem aliquando, Carpmtari, palam et publiée impotentiam animi lui profîteriSi et pertinacix tux inauditam patefacis in$olentiam... » On s'attendrait, après un tel exorde, à de redoutables révélations, à des accusations formidables L'articulation la plus grave revêt la forme de la prétermission. Grévin fait allusion au soupçon qui aurait pesé sur Charpentier à raison de je ne sais quel méfait, déjà vieux de dix ans : « Jure autem an injuria accusatus fuerisy nolim affirmare : sunt enim tux adolescentix et juvenlutis ludi^ quorum spectatorem me esse non licuit. Verum si guid in eo peccatum est, causàm omnem in te referendam esse falebere, quem omnes authorem prxcipuwn agnoscunt. Cinerem enim et sopilos sv^citavisti ignés : litemjam decem annis sepultam ad vitam revocari contendisti. » La phrase qui suit, avec sa réminiscence virgilienne, n'a-t-elle pas quelque chose de prophétique, si vrai-

1. Bibliothèque nationale, manuscrits, fonds français , n** 22560, p. 105 et 215.

ment Charpenlier devait plus tard se rendre coupable du meurtre de Ramus et mourir accablé du poids de ses remords? « Quid wtrwm, si dum grandia illa sepulchra effoderes, piUresœntis cadaveris fumos et ingratos qnosdam vaporcs in caput receperis^ illumque animi morbum contraxeris? » Quant aux reproches précis que Grévin adresse à son ami de la veille, ils portent sur les points suivants. Charpenlier a donné l'exemple delà calomnie et de l'injure (aussi lé libelle de Grévin prend-il le titre de Réponse); il a couvert d'outrages des gens qu'il connaissait peu ou qu'il ne connaissait pas, et il les a traités d'athées : nous savons que cela signifiait calvinistes dans le langage du temps. Charpentier fait montre d'un orgueil de parvenu et il méprise ses camarades : « Itaenim insolenti quodam iuoiiim sodalium fastidio elalm es, et ita intolerabili contumacia omnes despicis, et prx te nihil facis, ut difficillimum sit laudem sine invidia invenire, et amicos parare ac retinere, » Charpentier s'engage présomptueusement à traiter à fond un sujet philosophique pour lequel sa compétence ne dépasse pas celle d'un débutant ou d'un apprenti : « Polliceris ergo ejm partis philosophix absolutam traclationem, in qua te novum veluti tyronem omnes noverunt ». 11 veut étudier les rapports de la philosophie d'Aristote avec la médecine. Mais se connaît-il en médecine plus qu'en philosophie? Il n'a jamais fait que de l'herborisation en chambre, et s'il s'entend à déchirer les gens de bien, il ignore l'art de disséquer les animaux : « Vide ne adversarii tui, quorum novam majoremque in dies turbam ingratis in te concitas, potius domi animum luum peregrinalum fuisse, quam ruri de plaïUis inquisivisse, bonos luis makdiclis dilaniasse, quam animalium corpora privatim aut publiée dissecuisse, reponant. » Enfin, dernier grief qui peut paraître hors de propos, mais qui tient à cœur à Grévin, puisqu'il y revient à plusieurs reprises. Charpentier est riche : « Quandoquidem res est tibi domi latissima. » Ce n'est pas, grand Dieu! que celle prospérité porte ombrage à Grévin; il souhaite .au contraire à son ennemi toute la fortune possible : « Ego verb

ita tuis secwidk rebtis invideo, ut nihil prim in voti$ habeam^ quam tU tu lantum dives $i$, quantum vis a nobis haberi^ tum ut tibi tuisque satisfacias^ tum eliam ul jamjam imminentem et tilubantem senectutem levius ferre posais. » En somme, la Respomio ad calumnias témoigne seulement du désir de dire à Charpentier des choses désagréables, dans un latin redondant, d'une élégance inégale et, par aventure, sujette à l'incorrection : c'est ainsi que Grévin ne recule pas devant le mot incertitudineiny sur lequel on ne peut lui contester un droit de paternité.

Charpentier répondit, ou fit répondre. Grévin répliqua, cette fois, en vers français. La pièce s'appelle : Rexponse aux calomnies naguires malicieusement inventées contre J. G. soubs le nom faulsement déguizé de M. A, Guymara Ferrarois^ Advocal de M. J. Charpentier^. Au dire de Baillet', ce nom de Guymara désignerait soit Charpentier lui-même, soit le médecin Jean Le Bon, autre ennemi de Grévin, auxiliaire de Charpentier dans une animosité commune. Après un sonnet « A M. A. Guymara, forgeron des calomnies de M. Jaq. Charpentier contre J. G. », une préface de « Jehan Marchant au lecteur » (Marchant, ami de Grévin, semble avoir été avocat au Parlement') contient ce curieux passage : « Tu sçauras donc que le motif principal de toute ceste querelle vient d'un nommé Jaques Charpentier, lequel par lespace de vingt ans ayant esté nourri en divers collèges, tanlost serviteur, tantost maistre es Arts, voyant aussi J. G., natif d'un mesme pais et ville, avoir par sa diligence atteint à l'aage de vingt et quatre ans ce que luy n'a voulu entreprendre jusques à ce qu'il s'est veu aux fauxbourgs de vieillesse, soit pour ses occupations en choses de moindre estophe, soit par crainte d'insuffisance, voyant cela, dis-je, il conceut une telle hayne (ce qui se fait facilement entre gens d'un mesme estât et de

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