‹ Jacques Grévin, 1538-1570: 1538-1570Chapitre 195 sur 254 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

Lors que ces jours passez de mon triste bcrniitago, Ou j espère achever le reste de mon aage, J*alloîs dans ce vallon mon regard abaissant, Ce vallon si désert et si fort languissant, Triste, morne et pensif, je disois en moy mesme : ma chère Patrie! ô doux pays que j'ayme!

Hclas ! combien le temps et le siècle enragé De toutes les façons aujourd*huy font changé, Y laissant à Tentour leur insolente marque, Jointe à la cruauté des œuvres de la parque, Nous ravissant ceux-là qui falloient décorant, Et pour qui tous les jours mon cœur va souspirant.

Las ! comment autrefois cette aymable contrée De la troupe des Dieux estoit elle illustrée ! Et combien ces forests et ces champs d*allentour Se voyoient ils remplys de plaisir et d*Amour! De sorte qu'en ce temps dequoy j*ay cognoissance, On te pouvoit nommer le paradis de France ; Hais au lieu de ce bel et délectable object, Je voy ce qu*à pleurer me donne du subject.

Et comme tout seulet j*achevois la complainte, Du sensible regret qui m*avoit l'ame attainte, Je fus tout estonné que regardant Warty, Ce lieu d*oU mon bon-heur le premier est sorty. Que j*en vis eslancer une ardente lumière, Dont le soudain esclat m*esblouyt la paupière, Ayant de ces marets dissipé le brouillard.

Comme on voit le Soleil percer de part en part Ces nuages espais, que Tair en haut attire.

Nous rendant la clarté que plus nostre œil désire.

Alors je m*estonné voyant ce changement Rendre de tels effets en un si prompt moment, Tenant ainsi les yeux fichez en mesme place.

Je vis ceste maison du tout changer de face : Puis en me destournant resveux et transporté, J*apperceus à grand pas venir de mon costé Un grand homme vestu d*une robe à l'antique.

Portant dessus son chef un laurier deificque,

En façon de Poète, ains des plus favoris, De ceux qu*en Helicon les Muses ont nourris.

Qui s'approchant de moy (Tune grâce honorable^ Puis avec les accents d'un parler agréable.

Me dit : Amy La Roque, à toy je suis venu Des champs Elisiens où j*cstois retenu ; Je m'appelle Grevin, né de ce paysage, Que la niort a ravy sur le plain de mon aage. Qui t*a fait hériter, en rendant les esprits, Du métier qu*Appollon si bien m*avoit appris.

Hais laissons les effects de la saison passée ; D*un soin je délibère alléger ta prn^ee, Estaignant le regret, la tristesse et Tennuy Que pour ceste maison tu portois aujourilliuy, A qui je sers d'oracle, à fin de te prédire Ce qui te servira d'argument pour escrire Tout cela que des siens l'on verra réussir, Faisant toute autre gloire à l'instant obscurcir.

Touchant cette clarté qui se monstre à ta veue. Cette apparition si fort à l'imporveue, Que d'icy nous voyons esclairer là dedans, A lesgal de Phcebus et de ses rais ardans, C*est un brave guerrier, grand de Nom et de Race, Heureusement venu décorer cette place.

Avec sa chère Espouse, Astre tout plain d'honneur, Qui sur nos tristes champs sèmera le ,bon-heur, Et qui fera par tout ou luyra sa présence Un gratieux Printemps tout remply d'excellence, Pour avoir sur le sexe icy bas emporté Le pris de la vertu comme de la beauté.

Ore cette maison a du tout recouverte Par ses nouveaux objects et son lustre et sa perte; On ne la verra plus si déserte en tout temps, Ayant l'appui du Père et l'espoir des Enfans, Instruis à la vertu d'une escollc civile.

Comme jadis Chiron nourrit le preux Achille, Et par eux désormais les destins et les Cieux Relèveront son Chef et son Nom glorieux ;

Et combien que la Race ayt este redoutable, Semant par l'Univers un renom mémorable, Pour avoir fait trembler un million de fois Le cœur des ennemis du sceptre des François, Ceux-cy, Tespoir du gain dune guerre future»

Les rendront d*estrangers François en sépulture : Les autres qui pourront s*eschapper de leurs mains, Sans plus remporteront Tlionneur de leurs dessains.

Bref ceux que je te dy encor en leur enfance Se trouveront un jour si remplis de vaillance, Que Mars en plain combat ne les pourra dompter, Si la mesme valeur il ne veut surmonter; Leurs généreux succez seront plains de victoire. Dignes de recompense autant que de mémoire.

Donc chante asseurement soubs Tombre des lauriers Que porteront un jour les chefs de ces guerriers.

Ce fait il disparut comme un rayon de flame, Apres avoir donné cest espoir à mon ame, De ceux que je révère et qui peuvent ainsi Garder cette Province et Tcmbellir aussi.

Ajoutant ses propres prédiclions à celles de Grévin, La Roque termine son poème par un salut à celle heureuse contrée, véritable « paradis de bois et de buissons », et au vieux manoir de Warty, qu'il décrit dans cette apostrophe ;

Ce n*est donc pas, Warty, ta superbe clôture. Ta grandeur, ta matière, et ton architecture, Ces tours, ces pavillons augustement levez, Ces planches, ces lambris esmaillcz et gravez, Ces beaux plans arrangez, ces allées couvertes, Ces jardins si fleuris, ces pallissades vertes, Qui te font si plaisant. . . .

C*est, ô noble Maison ! reste bande accomplye. Ces grâces, ces clartez, dont je te vois reraplye. Et dont Taveu du maistre et le bruit de son nom Te sauve et t'affranchit des foudres du canon.

Mentionnons, avant de quitter Warty, une « épitaphe » de La Roque intitulée : Les Mme$, mr la mort de feu Madame de Senarponl *, nom porté par Madeleine de Suze depuis son remariage. Le poète parle d'elle sur le ton d'une vérilable vénération :

Ce n*est pas d'Atropos l'heure précipitée, Qui si légèrement Ta ravie à nos yeux :

Les aisles qui Tavoyent ici bas apportée Comme un soleil couchant la remportent aux deux....

Jamais la passiou, I*aigreur, ny la colère Ne luy sceurent troubler les sens ny la raison, Tousjours la part divine où Terreur se tolère La fit vivre maistresse en Thumaine prison.

Ce {Ays, qui luy est à jamais redevable Du support de sa grâce et de sa grand*Lonlé, Confesse ayant congnu son humeur charitable D*avoir en la perdant perdu la charité....

J'ai dit, en racontant la vie de Grévin, la conduite que tint Charpentier à son égard. Les deux hommes avaient commencé par être amis. Leur amitié durait encore en 1561 : dans le volume du Théâtrej Grévin donnait un Epithalame de M. Jacques Char^ pentiery docteur en Médecine, et de Catherine Chariot. 11 ne ménageait pas la modestie de son confrère. Il disait à l'épousée :

Celuy qu*un chacun admire Admira ta chasteté, Celuy qu'un chacun désire Désira ta grand' beauté'....

Au reste, ce chant nuptial esl d'une poésie médiocre, et la

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