Ronsard, éd. P. BI., VIU
3. Sur la question de savoir si Ronsard a reçu les ordres, voir P. Bonnefon, Ronsard ecclésiastique, dans la Revue de VHistoire littéraire de la France, t. II (1895), p. 244-248.
... Meray {Poltrot de Méré), Thonneur de France, Meray, qui a tiré la France de souffrance.... Mcray, plus à louer cent fois que cent Scaevoles.
Le Temple ne comprend que 240 vers*. Mais chacun de ceux-ci dut porter comme un trait acéré. Tournures, mouvement, comparaisons, verve caustique, tout, dans ce petit poème, montre la marque du style et de la manière de Grévin. Et pour qu'il ne reste aucun doute, qu'on lise ce passage du début :
J*ay bien eu quelquefois la mesme fantaisie Que tout seul tu estois bon maistre en poésie. Mais lors que j eus cogneu que les poètes Grégeois Et Latins se laissoient feuilleter sous les doigts De ceux qui sont nourris en la langue françoise, Je pensay seulement que la Muse grégeoise T'avoit enflé le cœur, et que ce gentil art N*avoit esté forgé seulement pour Ronsard.
Bellay m*en est tesmoing, Tagaut me sert de preuve, Et possible en mes vers Casseur ance s'en treuve*.
Du Bellay, en qui il avait trouvé, après Ronsard, le plus haut patronage, Barthélémy Tagault, qu'il nommait comme un de ses intimes dans Y Hymne an Dauphin j voilà les témoins que Grévin appelle au moment où, la main étendue vers la statue hier adorée de Ronsard, il va prononcer cette apostasie solennelle, et, dans la ferveur de la profanation, opposer son propre mérite à celui du dieu honni et bafoué. Et avec quelle malice passionnée, je ne veux pas dire avec quelle perfidie, notre jeune poète dirigera ses coups! Quelle sûreté ceux-ci n'acquéreront-ils point par le fait de tout ce qu'une amitié défunte laisse après elle de souvenirs, de secrets entrevus, de confidences surprises! En somme, ce que renferme de moins cruel ce « fameux Temple de Calom-
i. Ronsard, éd. P. Bl., VII, 88-94.