RossARD, éd. P. Bl., VI, 315, v
Pasquier a consacré un curieux chapitre de ses Hecherches à « la grande flotte de Poètes » qui illustra le règne de Henri U et celui de son successeur*. Dans une métaphore longuement prolongée^ comme on les aimait alors, il passe en revue tous les auteurs qui ont livré « une belle guerre contre l'ignorance » (expression chère à Ronsard, nous le savons) : ceux de l'avantgarde, ceux qui ont fait <' le gros de la bataille », c'esl-à-dire les écrivains de la Pléiade, et quelques autres au nombre desquels il se nomme sans fausse modestie, et enfln ceux de Tarrière-garde, parmi lesquels il donne à Jacques Grévin une place honorable. Mais le plus noble éloge qu'on pût souhaiter pour la mémoire de notre auteur lui vint d'un homme dont CoUetet a dit, non sans esprit, qu'il lui appartenait de prononcer des arrêts sans appel, je veux parler du président De Thou, qui n'hésitait pas à promettre à la poésie de Grévin un immortel renom : « Paûllo posl... obiit Jacobus Grevinus Claromontio in Bellovacis natm, ingmio et rara eruditione prxstam^ qui cum a pneritia industriam in poelica felicissiine exercuisset, quod Gelodacrys et alia édita cum raris illifus xvi poetis comparanda et œternum vktura ad posteritatem testantur, ad medicinx studium animum appulit, in qua pari felicilate ingenium exercuit*. . . »
Voilà (en y ajoutant, si l'on veut. Du Yerdier et La Croix du Maine) pour les témoignages contemporains. Dès le xvu* siècle, l'oubli commence pour Grévin. Baillet déclare dédaigneusement que ses ouvrages on l « le sort des poésies qu'on ne lit plus' », et Golletet proteste avec chagrin contre « Tinjusle mespris que de certains critiques ont fait de lui ». Au siècle suivant, Goujet et Niceron répètent ce qu'ont dit Du Verdier et La Croix du Maine. Dans la suite, depuis Laharpe jusqu'aux critiques de nos jours, on n'a jamais parlé de Grévin que pour s'occuper de son théâtre. Et même de ce côté, lui a-t-on pleinement rendu justice? Rele-
i. Pasqoier, Les Recherches de la France, VII, 7.
2. De Thou, Histor., lib. XUI in fine (éd. de La Royicrc, t. II, p. 664).