‹ Jacques Grévin, 1538-1570: 1538-1570Chapitre 230 sur 254 · C. — Sonnets d'Angleterre et de Flandre · texte numérisé non relu

C. — Sonnets d'Angleterre et de Flandre

On imprimait la présente étude, lorsque M. Léon Dorez, bibliothécaire à la Bibliothèque nationale, au cours de recherches étrangères à notre sujet, mit la main sur seize sonnets inédits de Jacques Grévin, contenus dans un recueil manuscrit de la Bibliothèque nationale, le n"* 8143 du fonds latin. Ce recueil (j'emprunte les renseignements suivants à M. Dorez') a été décrit assez exactement dans le catalogue de 1744, sauf en ce qui concerne précisément les sonnets de Grévin, qui auraient dû figurer entre les articles : « 15** Diverses pièces de Remy Belleau » et « 14° Diverses stances sur l'amour' », et qui, par malencontre, se trouvèrent omis. On y remarque divers poèmes adressés à Jean de Morvillier, qui fut ambassadeur à Venise, évéque d'Orléans, et garda quelque temps les sceaux (en 1568), après la disgrâce de Michel de l'Hospital; parmi ces poèmes, je citerai une pièce de vers latins autographe d'Antonio Ccrruti, au dos de laquelle on lit cette mention

i. Cf. Du Bell4T, éd. M.-L., II, 267, v.. 1-14 : Sacrez costaux, et vous sainctes ruines... (Voir plus haut, p. 75). Du Bellay avait suivi littéralement un sonnet italien de Balthasar Castiglione : Superbi colli, e voi sacre ruine... (Voir B. CASTi6LioNE,Le<f ère. Padoue, 1769-1771, t. Il, p. 225), sonnet fameux à Tépoque, et plusieurs fois rendu en vers latins (Ibid., p. 283-285). Il se peut que Grévin ait, lui aussi, traduit directement Castiglione.

2. Léon Dorez, Sonnets (VÂngleierre et de Flandre par Jacques Grévin, dans le Bulletin du Bihliophile^ 1898, p. 421-454. (Tirage à part à 55 exemplaires.)

5. Catalogus Codicum manusa-iptorum Bibliothecœ regiœ. Lutetise, 1739*1744, t. IV. p. 431-452.

(fol. 19) : « Trouvé parmy les papiers de Venise », et un cahier de poésies latines de Germain Audebert, Th. de Bèze, Olimpia Moratâ, etc., au dos duquel se trouve le nom de Jean de Vulcob. Le recueil se compose donc de documents ayant appartenu à deux personnages, Morvillier et Vulcob. Ge dernier, neveu de Jean de Morvillier, était un ami de Grévin, qui lui a dédié deux des sonnets retrouvés par M. Léon Dorez (sonn. XI et XIV). Grévin entretint-il des relations avec Jean de Morvillier? Cela parait peu probable. M. Dorez nous apprend que par son testament olographe en date, à Paris, du 9 mars 1574', Jean de Morvillier, après avoir légué la plupart de ses biens à son c neveu M. de La Forest », partage le reste de son hérédité entre ses autres neveux et nièces, parmi lesquels il nomme son « neveu de Vulcob* ». Delà sorte, des papiers qui provenaient de Fancien ambassadeur à Venise se seraient trouves réunis, entre les mains de Vulcob, à des papiers qui lui appartenaient à lui-même, tels que les sonnets de Grévin. M. Dorez ajoute : € Une autre hypothèse sur la provenance de ces sonnets, plausible encore, mais beaucoup moins sûre que la précédente, serait qu'ils ont été d'abord envoyés à Jacques Bochetel, le dédicataire du sonnet VIII, neveu de J. de Morvillier par sa mère, Marie de Morvillier, et dont un frère, Jean, et une sœur, Marie, embrassèrent les doctrines de la Réforme'. » Ce serait donc Jacques Bochetel qui aurait remis les sonnets à Jean de Morvillier : conjecture à laquelle nous accorderions plus de crédit qu'il ne convient à M. Dorez de le faire, car ce Jacques Bochetel, sieur de la Forest-Thaumyère, ambassadeur du roi de France en Angleterre, n'est autre que le légataire universel de Jean de Morvillier, et il a compté parmi les amis et les protecteurs de Grévin, qui lui dédia, lion seulement le sonnet susdit, mais encore sa traduction des Emblèmes d'Adrien le Jeune (Voir plus haut, p. 63). Quoi qu'il en soit de la provenance des sonnets, M. Léon Dorez, dont le témoignage doit faire autorité en pareille matière, n'hésite pas à leur reconnaître une « authenticité incontestable », établie, à ses yeux, par la comparaison des^ facsimilé de l'écriture de Grévin que nous avons pris à Anvers (Voir plus

1. Bibliothèque nationale, manuscrits, fonds français^ n* 18288, fol. 43 (vers le bas).

2. Clause maintenue et précisée dans le second et définitif testament de J. de Morvillier, daté des 12-15 octobre 1577 (Ms. cité, fol. 55).

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