Haag, op, cit,f éd. Bordier, t. Il, col
haut, p. 65 et 559) et des nombreuses corrections que portent les nouveaux sonnets. Ceux-ci, en clTet, ne sont pas autographes. Transcrits par un médiocre secrétaire (par deux secrétaires, pour mieux dire : le dernier sonnet n'est pas de la même main), et apparemment envoyés pour correction à Grévin, ils montrent en maint endroit la trace du travail de revision de celui-ci, qui tantôt a changé un mot mal lu, tantôt a rétabli un mot laissé en blanc par le copiste, et qui, dans le sonnet X, a tenu à ce que son nom fût écrit avec un accent aigu : correction bien caractéristique, contraire, nous le savons, aux habitudes orthographiques du temps, mais conforme aux idées et à la pratique personnelle de Grévin (Voir plus haut, p. 21, note 1, et p. 61). Grévin a donc pris soin de signer en quelque sorte ces vers où il se nomme ainsi lui-même, et dans lesquels nous retrouvons tous les mérites propres et divers de sa poésie, depuis un badinagc amoureux qui fait penser à VOlimpe (sonn. II et lll), jusqu'aux sonnets politiques, très remarquables comme forme, très dignes de figurer à côté de la Gélodacrye et des Sonnets sur Uomcy supérieurs peut-être à ceux-ci et à celle-là par les nobles accents d'une satire qui rappelle celle de J. Du Bellay, encore que moins gracieuse, et qui semble (analogie signalée à bon droit par M. Léon Dorez) annoncer, mais avec moins de colère, la rhétorique violente d'Agrippa d'Aubigné. On lira donc avec intérêt ces sonnets inédits de Grévin. Ce que j'en veux surtout retenir ici, ce sont les indications nouvelles qu'ils nous fournissent relativement à la biographie de notre auteur.
Nous connaissions un voyage de Grévin en Angleterre, en 1560-1561. Les nouveaux sonnets nous apprennent qu'il en fit un autre (sonn. I, III, VIII, XIV). A quelle époque ce second séjour à Londres? Je réponds hardiment : en septembre 1 567, entre la publication du Second discours sur V Antimoine (épître dédicatoîre datée de Paris, 25 août 1567), et celle des Emblèmes traduits d'Adrien le Jeune (épître dédicatoire datée d'Anvers, le 20 octobre suivant). Désolé, nous dit-il, du spectacle des troubles qui affligeaient la France, Grévin, pour son repos, avait pris le chemin d'un < exil volontaire » (sonn. XIII), un peu moins volontaire peut-être qu'il ne lui plaît d'en convenir. C'est qu'on avait remis en question les garanties du « pacifique édit }», c'est-à-dire de l'édit d'Amboise (sonn. V); et voilà certes un sonnet qui porte bien la
date de 1567, époque où éclata la deuxième guerre civile, à la suite des réserves faites par le Parlement lors de Tenregistreraent de l'édit de 1565. Écoutons d'ailleurs Grévin lui-même (sonn. VIII) :
J'cscrivois la plus part de ces miens penscmens Ce pendant qu'en la Fiuncc une civille guerre Pour la seconde foys, ainsy com* un tonnerre, Foudroioit à l'enyy mille morts et tournions.... Mais moy, loing des malheurs j'habitois TAngleterre.
Ensuite, il gagna Anvers, où nous le trouvons chez Plantin. Le sonnet VII, adressé à Florent Chrestien, parle du séjour de son auteur « en Hainault, en Brabant, en Flandre et en Artois ». Et nous savons que ce dernier voyage a, non pas précédé, mais suivi le voyage en Angleterre. L'épître dédicatoire de la traduction des Emblèmes d'Adrien le Jeune, offerte par Grévin à M. de La Forest, ambassadeur du roi de France à Londres, débute par ces mots : '« Monsieur, lors que je partis de France pour passer en Angleterre. ...»
Jusqu'ici, je suis d accord avec M. Dorez. Dans le sonnet Vill, où l'auteur se félicite de la bienveillance que lui a témoignée « un grand enbassadeur, l'honneur des Bouchetclz », M. Dorez voit bien la preuve que Grévin a visité l'Angleterre en 1567, époque où précisément, pai*ait-il, Jacques Bochetel, sieur de La Forest-Tliaumyère, représentait le roi de France à Londres*. Mais M. Dorez (et, sur ce point, je ne saurais partager sa manière de voir) estime que les poésies par lui publiées auraient été composées à dos époques très diverses, savoir : les sonnets V, VU, VIII et X, en 1567; le sonnet IX, et probablement les sonnets I, II, 111, IV et XV, lors du premier séjour de Grévin en Angleterre, en 1561 ; les autres, à des dates qu'il n'estime pas pouvoir, vu l'absence d'éléments précis, « essayer de fixer, même approximativement ». Et pourquoi ne pas croire Grévin lui-même sur le temps où il a écrit ces compositions? Il nous déclare expressément que c'est au moment de la seconde guerre civile, c'est-à-dire en 1567, au moins pour la plupart de ces « pensemens ». (Je parlerai tout à l'heure delà portée de cette restriction.) Mais, dit M. Dorez, il y a le sonnet IX. « Ce sonnet ne peut guère être que l'envoi du Chant du Cigne, offert en estrenne
1. Bibliothèque nationale, manuscrits, fonds français, n* 26 861 (Pièces origina les, dossier Bochetel, n* 577, pièce 31 : quittance du 25 janvier 1567).
à la reine Elisabeth au mois de janvier 1561 : il n'est pas possible, après avoir lu les deux morceaux, d'en douter sérieusement. » Qu'on nous permette de ne pas partager cette opinion. Nous savons que, le 1" janvier 1567, Robert Estienne offrait à Catherine de Médicis, à titre d'étrennes, le Proème anonyme de Grévin, panégyrique, sous forme déguisée, de la rcine-mcre (Voir plus haut, p. 214). Apparemment, Grévin voulait d'abord faire précéder son Proème du sonnet en question :
Je n'ay pas entreprins de donner en estrenne A voslre Ma geste....
Ensuite, il se ravisa, et Robert Estienne dit en prose ce que l'auteur avait projeté de dire en vers : « Madame, ainsi que j'advisois les moyens par lesquels à ce premier jour de Tan je pourrois recognoistre vostre Majesté, il y eut un mien ami, elc....Parquoy, Madame, vous recevrez, s'il vous plaist, les estrenes que vous présente votre subject.... » Voilà peut-être pourquoi Grévin nous apprend qu'il a écrit vers la fin de 1567 la plupart de ces sonnets : celui-là, tout au moins, était un peu antérieur. Pour tout dire, je considère comme un peu postérieur le n** XVI et dernier (sonnet d'une écriture différente et visiblement ajouté). Il est bien curieux, ce sonnet. Grévin y déplore l'envahissement de la France par les étrangers : Italiens, Espagnols, Anglais, Allemands. Encore un passage qui fait foi de sa date, et des gens que nous connaissons : les lUliens, courtisans exécrés et funestes ; les Anglais, que Condé avait appelés en France par les négociations dlfampton Court, et auxquels il avait fallu reprendre le Havre; les Espagnols, alliés de la couronne depuis le traité de Cateau-Cambrésis : n'étaient-ce pas leurs troupes qui avaient sauvé la capitale lorsque Condé marchait sur Paris pour venger la perte de Rouen ? Quant à « ces mutins Allemans que la France mandie »♦ je vois en eux les reîtres de Jean-Casimir (|ui se joignirent à l'armée de Condé au cours de la seconde guerre civile, en janvier 1508 ^ Grévin gémissant sur les renforts que tiraient de l'étranger ses frères en religion, se serait-on attendu à un tel langage? Rien de moins suspect cependant que la persistance de ses sentiments calvinistes. Mais c'est ainsi que Féloignement nous fait juger des choses avec un esprit plus détaché.
1. Cf. Sonn. Yin : Lors un oraigc espais de reistres allemans.,..
^(iïuli: Estii-nnr, femme de Jean Liébauit.
(D'npros uu dcssUi ilc F. Clouet.)
M. Dorez signale avec raison un passage du sonnet X comme important pour l'histoire de l'art. Nous apprenons par cet endroit que le portrait de Grcvin, placé en tète du Théâtre, a pour auteur François Clouet, dit Janet, fils de Jean Clouet, et successeur de ce dernier comme peintre de la cour, de 1540 à 1572. Colletet, qui possédait, nous dit*il, « la planche mesme » de ce portrait, n'en révélait pas l'origine. Le Père Lelong indiquait cette gravure sur bois comme étant d'un auteur inconnu ^ Tout récemment, M. Henri Bouchot, dans une étude sur les Clouet, passant en revue les élèves et continuateurs de ceux-ci, reproduisait le portrait de Grévin, avec ce titre : Portrait de J. Grévin, présumé de Nicolas Denisot^; attribution qui pouvait séduire, Donisot ayant fait le portrait d'Olympe'. Nous saurons désormais que ce joli médaillon appartient à l'œuvre de François Clouet, ami de la Pléiade*. Il se trouve, en conséquence, que nous devons au même artiste de connaître et les traits de Grévin et ceux de Nicole Eslicnne. Dans une série de portraits au crayon conservés à la Bibliothèque nationale, dans lesquels M. Bouchot, si scrupuleux on cette matière, n'hésite pas cependant à voir des œuvres authentiques de François Clouet*, il existe un portrait de a Madame Lyebault », dont nous donnons ici une réduction, comme formant le pendant naturel de celui de Grévin. C'est un beau dessin au crayon et à l'estompe ", de m. 35 sur m. 25, légèrement rehaussé de pastel (la lettre à la sanguine, en haut, à droite, a été ajoutée au siècle suivant), et qui date certainement des premières années du mariage d'Olympe : cela résulte non seulement des apparences, mais de ce fait établi que tous les portraits de ce recueil sont antérieurs ii 1570'. La fille de Charles Estienne est représentée en buste, de trois quarts, la tête tournée à gauche. Elle porte, selon l'usage des femmes de bourgeoisie, le chaperon tombant à plat sur le front. La descriplion que Grévin nous a laissée de sa maîtresse, dans un sonnet cité plus haut (p. 22 i), en dépit de