‹ Jacques Grévin, 1538-1570: 1538-1570Chapitre 45 sur 254 · Haag. op. cit., t. 1, p. 110; t. VIII, p · texte numérisé non relu

Haag. op. cit., t. 1, p. 110; t. VIII, p

personne ». L'auteur expose en terminant les observations de sa pratique personnelle et les cures qu'il a obtenues.

Nous ne possédons aucune compétence pour hasarder notre avis dans une controverse médicale. Qu'on nous permette toutefois de répéter, parce que c'est un lieu commun, la l'emarque toujours faite à ce sujet : c'est que la question, dès l'origine, se trouvait mal posée, parce qu'on lui donnait une forme absolue. On ne recherchait pas si le nouveau remède pouvait produire des modifications salutaires dans l'économie, administré rationnellement, dans de certains cas et à de certaines doses. (On ignorait d'ailleurs que le minerai d'antimoine contient une certaine proportion d'arsenic.) On voulait qu'il fût ou toujours nuisible ou toujours bienfaisant. On discutait : Si rantimoine est un poison. Les uns y voyaient une panacée, les autres un agent de mort. Grévin partageait ce dernier avis. Il répondit à Launay par son Discours de Jaques Grevin de Clermont en Beauvaisisy docteur en Médecine à Paris j sur les vertus et fdcultez de V Antimoine. Contre ce quen a escrit maistre Loys de Launay ^ Médecin de La Rochelle (1556). Ce n'est pas sans peine que Grévin a pu se procurer le livre de Launay. Ceux qui le possèdent le gardent comme « un reliquaire » et refusent de s'en dessaisir, « ce qui fut cause, dit-il, que je visitay par sept ou huit jours toutes les boutiques des imprimeurs et libraires de ceste ville ». Enfin, on lui en prêta un exemplair pour dix ou douze heures. Grévin fait d'abord un « extraict sommaire » de la monographie de Launay, puis il la réfute en forme. Trois points : 1** ce que c'est que l'antimoine; 2** l'antimoine est un poison ; 3° les antidotes de l'antimoine, ou moyens de se préserver des effets de « ceste drogue dangereuse ». Quant aux observations personnelles de Launay, Grévin n'en prend pas souci, refusant de le suivre sur ce qu'il appelle, avec une ironie confraternelle, « le champ spatieux de ses expériences ».

La dissertation de Launay et le discours de Grévin ne constituent pas de simples spécimens de celte littérature antimoniale qui va pendant un siècle produire une véritable bibliothèque

d'écrits de tout format et de toute nature. La Faculté et vertu admirable de rAnthnoine, venant après Téloge de ce remède par Paracelse (éloge extravagant, dit un médecin)', avait contribué à en propager l'usage bien au delà du cercle de la clientèle que visitait le médecin rochelais. Grévin lui-même porte témoignage de l'idolâtrie qui s'attachait à ce manifeste des anlimoniaux. Grévin voyait dans la diffusion de la dangereuse substance un péril pour la santé publique. Il voulait que « le magistrat, lequel a Tentretien de la police en la chaîne », proscrivit la vente de l'antimoine, puisque c'est un poison. « Que vous servira doncques, Messeigneurs, s'écriait-il, d'avoir défendu aux apothicaires de bailler du sublimé ou de rArseniclej si vous permettez, et si par connivence vous donnez la main à cestuy-ci'? ». On dirait qu'il avait deviné la véritable composition du métal incriminé. Son cri d'alarme ne fut pas le seul. D'autres médecins associèrent leurs efforts aux siens. Le 3 août 1566, peu de temps par conséquent après le Discours de Grévin, la Faculté de médecine décrétait solennellement que 1 antimoine est une substance délétère, et, comme tel, doit être classé parmi les simples de nature vénéneuse : « Stibium deleterium esse, et iiiter ea simplicia, qux venenata qualitaie pollentyannumerandum. » A son tour, le bras séculier intervint : un arrêt du Parlement, rendu celle même année, interdisait, non l'emploi de l'antimoine dans la thérapeutique, mais son usage sans avis ou ordonnance de médecin. Voilà l'action du « magistrat », réclamée par Grévin! L'influence de Grévin, alors âgé de vingt-huit ans, avait été décisive; c'est à elle, Eloy le déclare formellement, qu'il faut attribuer la délibération de la Faculté et l'arrêt du Parlement. Ce point devra être mis en évidence lorsqu'on fera l'histoire, qui mérite bien qu'on l'écrive, de cette querelle de l'antimoine. « Tout jeune qu'il éloit, dit Eloy, cette compagnie (la Faculté) adopta ses opinions au sujet de certains remèdes qu'il croyait pernicieux. Il regardoit l'usage

1. H. RiTNAUD, Les Médecine au temps de Molière. Paris, 1863, p. 175.

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