‹ Jacques Grévin, 1538-1570: 1538-1570Chapitre 69 sur 254 · Montaigne, Essain^l, 2f5, in fine · texte numérisé non relu

Montaigne, Essain^l, 2f5, in fine

Même lorsqu'elle parle en vers français, la tragédie ne fait que rendre les échos de la scène classique. On imite, on copie Tanliquilé; le plus souvent, on ne fait que la traduire {Eleclre^ par Lazare de Baïf, 1557; Antigone^ par Antoine de Baïf; traductions de Sophocle; — Ipliigénie à Âulis^ par Thomas Sihilet, 1549; Hécube^ par Lazare de Baïf, 1550; traductions d'Euripide. Il y a aussi une Ilécube de Bouchetel, une Hélène de Hugues Salel, vers 1550). Pour la comédie, ceux que rehulenl les farces trop grossières et trop voisines encore des sotties du moyen âge, ou ceux qui ne veulent pas imiter les Italiens comme Charles Eslienne dans sa Comédie du Sacrifice{ii)il),se tournent encore vers Tantiquité, et se contentent humblement d'en faire passer les chefsd'œuvre dans notre langue (traduction de VÂndricnne, de Térence, par le même Charles Estienne, 1540; du Pluim, d'Aristophane, par Ronsard, 1549). Impossible de prendre davantage à la lettre les conseils de Joachim Du Bellay: « Quant aux comédies et tragédies, disait-il, si les Roys et les Républiques les vouloient restituer en leur ancienne dignité, qu'ont usurpée les Farces et Moralitez, je seroy bien d'opinion que tu t'y employasses, et si tu le veux faire pour l'ornement de ta langue, tu sçais où tu en doibs trouver les Archétypes*. » L'imitation servile de l'antiquité érigée en maxime, voilà la poétique de Joachim Du Bellay en matière de théâtre. Du Bellay écrivait son manifeste en 1549. Trois ans après, Jodelle faisait représenter Cléopâtre et Eugène.

Il prenait à l'antiquité le sujet de Cléopâtre^ comme il lui prit ensuite le sujet de Didon ne sacrifiant (date postérieure, mais incertaine), comme Grévin va lui prendre le sujet de César. Mais là s'arrête l'emprunt. La mise en œuvre est personnelle; l'auteur ne procède que de lui; il ne traduit pas, il crée. Pour la comédie, innovation plus complète encore. L'auteur dédaigne « les farceurs »; d'autre part, il n'a que faire des Grecs et des Latins: « l'invention n'est point d'un vieil Ménandre* ». Le poète a

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