‹ Jacques Grévin, 1538-1570: 1538-1570Chapitre 87 sur 254 · Il, 17, V. 29-50; 18, V · texte numérisé non relu

Il, 17, V. 29-50; 18, V

* Les chrestomathies citent ce passage, seul morceau de Grévin connu, si quoi que ce soit de Grévin peut s'appeler connu. Pour la composition, il est assurément inférieur à l'admirable discours que, dans le drame anglais, Antoine prononce près du cadavre, sur le cadavre de César, harangue d'une éloquence si ferme dans sa forme mesurée à dessein, d'une gradation si savante dans sa simplicité voulue, d'une adresse si avisée dans son hypocrite modération. On doit faire déjà un mérite à Grévin d'avoir conçu l'idée de cette scène pathétique. Qu'on songe qu'il en a trouvé le thème dans quelques mots de Plutarque disant simplement qu'Antoine <c mêla à l'éloge de César ce qu'il crut le plus propre à exciter la pitié et à enflammer l'âme des auditeurs* ». « Certes, dit M. Faguet, ce n'est point là le discours d'Antoine dans le Jules César de Shakespeare... mais c'est un discours énergique et passionné qui n'est pas d'une plume inexpérimentée, et déjà l'on y peut saisir une certaine inlelligence des contrastes dramatiques. Parler au peuple par la bouche de Cassius de la jouissance de ses droits, aux soldats par la bouche d'Antoine de la jouissance du monde conquis, c'est bien opposer les langages contraires qu'inspirent les passions et les situations diflerenles*. » Le style montre ces qualités de force et ce progrès vers la précision que je signalais tout à l'heure. Pour conclure sur ce point, je ne puis qu'emprunter encore le témoignage de M. Faguet : « Grévin a une abondance, de bon aloi souvent, et un mouvement plein de feu qui font de sa pièce le premier modèle vraiment important de la tragédie oratoire. Il n'y a guère dans son poème que des discours, mais d'une vei've et d'un élan qui ébranlent et remuent même après trois siècles de tragédie éloquente'. »

Mais le plus bel éloge qu'on puisse faire de l'œuvre de Grévin,

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